
Le Nigeria entre dans une phase où la situation économique occupe une place croissante dans l’attention publique, à l’approche de la présidentielle prévue en janvier 2027. Un reportage de Reuters publié le 10 août décrit des ménages confrontés à une forte érosion du pouvoir d’achat, malgré les améliorations enregistrées sur certains indicateurs macroéconomiques.
Les données officielles montrent cependant une évolution moins uniforme qu’une simple lecture de la crise du coût de la vie. Le National Bureau of Statistics affiche une inflation globale de 15,91 % et une inflation alimentaire de 17,52 % dans ses dernières données disponibles. Ces niveaux restent élevés, même s’ils sont nettement inférieurs aux pics observés avant le changement de base statistique de l’indice des prix. Le FMI estime, pour sa part, que la croissance nigériane pourrait atteindre 4,1 % en 2026, après 4 % en 2025, tout en soulignant que les conditions sociales demeurent difficiles.
La question du revenu constitue un second indicateur déterminant. Le salaire minimum national est fixé à 70 000 nairas par mois depuis 2024. Des discussions sur une future révision sont attendues, alors que les organisations syndicales soulignent la perte de pouvoir d’achat. La situation varie néanmoins selon les États, certains ayant adopté des seuils supérieurs au minimum fédéral. Une hausse des rémunérations peut soutenir les ménages, mais elle pose aussi la question de son financement et de ses effets éventuels sur les coûts des entreprises et les prix.
Le naira constitue un autre facteur central. Après les réformes du marché des changes et sa forte dépréciation depuis 2023, la monnaie s’est stabilisée récemment. Reuters rapportait début août un taux officiel proche de 1 360 nairas pour un dollar, contre environ 1 425 sur le marché parallèle. Cette stabilisation peut réduire certaines pressions sur les importations, sans effacer les effets accumulés des précédentes variations.
Le carburant reste directement lié au quotidien. La suppression de la subvention à l’essence a contribué à une hausse des coûts de transport et de production. Selon le NBS, le prix moyen national du litre d’essence était récemment supérieur à 1 500 nairas. L’emploi et la sécurité complètent ce tableau. Le FMI identifie la situation sécuritaire comme un risque pour l’activité économique, tandis que le pays reste confronté au terrorisme, au banditisme et aux enlèvements dans plusieurs régions. Le gouvernement a récemment annoncé une hausse de la rémunération des militaires, pouvant atteindre 80 % pour certains grades à compter de septembre.
À ce stade, établir un lien mécanique entre ces difficultés et le comportement électoral serait prématuré. L’enjeu sera plutôt de mesurer, dans les prochains mois, si l’amélioration des indicateurs macroéconomiques se traduit par une amélioration perceptible des conditions de vie. C’est sur cet écart entre statistiques nationales et expérience quotidienne que pourrait se jouer une partie importante du débat électoral nigérian.












