
Le 17 octobre 2026, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Confédération des États du Sahel (AES), composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, ont engagé à Dakar une nouvelle phase de dialogue ministériel. Cette rencontre marque une reprise formelle des échanges après le retrait des trois pays sahéliens de l’organisation ouest-africaine, effectif depuis janvier 2025. Elle ouvre une possibilité de rapprochement pragmatique, mais ne constitue ni une réintégration de l’AES ni un règlement définitif des différends politiques et institutionnels.
La portée de cette initiative tient d’abord à la volonté des deux organisations de préserver un espace de concertation malgré leur séparation institutionnelle. Le communiqué final publié le 18 octobre par la CEDEAO présente la réunion de Dakar comme une prise de contact destinée à poser les bases d’une coopération. Les délégations étaient conduites respectivement par Cheikh Niang, ministre sénégalais chargé de l’Intégration africaine et président du Conseil des ministres de la CEDEAO, et Karamoko Jean-Marie Traoré, ministre burkinabè des Affaires étrangères et président du Comité ministériel de pilotage de l’AES. Les résultats des travaux doivent être soumis à l’appréciation des ministres avant une prochaine session, dont la date et le lieu restent à fixer par voie diplomatique.
Le choix du dialogue traduit une approche pragmatique : la rupture politique n’efface ni la proximité géographique des pays concernés ni leurs interdépendances économiques et sécuritaires. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger occupent une position stratégique dans les échanges entre le Sahel et les États côtiers. Les déplacements de populations, les circuits commerciaux, l’approvisionnement en produits essentiels et la lutte contre les groupes armés transfrontaliers dépassent les frontières nationales. Dans ces domaines, l’absence de coordination entre les deux ensembles risquerait de compliquer la gestion de problèmes qui exigent, par nature, des réponses concertées.
La sécurité constitue ainsi l’un des principaux enjeux de cette reprise des échanges. Les trois pays sahéliens ont développé une architecture de coopération propre dans le cadre de l’AES, tandis que la CEDEAO conserve ses mécanismes régionaux. Le dialogue pourrait permettre de rechercher des modalités de coordination compatibles avec les choix institutionnels de chaque partie. Toutefois, une rencontre ministérielle ne suffit pas à établir l’existence d’un dispositif opérationnel commun. Il faudra notamment observer si les discussions débouchent sur des procédures de partage d’informations, des mécanismes de concertation ou des engagements formalisés en matière de sécurité.
L’enjeu économique est tout aussi important. Les entraves aux échanges, les incertitudes réglementaires et les difficultés de circulation peuvent affecter les transporteurs, les commerçants, les entreprises et les consommateurs. La préservation des acquis de l’intégration régionale représente donc un intérêt concret pour les populations, au-delà des divergences entre dirigeants. Un cadre de coopération efficace devrait préciser les conditions de circulation des personnes et des marchandises, les modalités de coopération douanière ainsi que les règles applicables aux échanges transfrontaliers. Ces éléments restent néanmoins à confirmer par des décisions concrètes : le communiqué de Dakar ne permet pas, à lui seul, de conclure à la mise en place de nouvelles dispositions opérationnelles.
Sur le plan politique, cette initiative illustre la possibilité de dissocier le dialogue diplomatique de la question de l’appartenance institutionnelle. La CEDEAO et l’AES peuvent chercher des compromis pratiques sans que les trois États sahéliens renoncent à leur orientation confédérale ni que l’organisation ouest-africaine abandonne ses principes. Cette distinction est essentielle pour éviter de présenter la reprise des contacts comme un rapprochement politique déjà abouti. Elle rappelle également que la stabilité régionale dépend de la capacité des organisations africaines à gérer leurs désaccords sans interrompre les coopérations indispensables.
En définitive, la réunion de Dakar constitue une ouverture diplomatique significative, mais sa portée dépendra des suites qui lui seront données. La prochaine étape consistera à transformer les principes de fraternité, de respect mutuel et d’ouverture en engagements précis, vérifiables et applicables. Pour l’Afrique de l’Ouest, le véritable test sera de préserver les intérêts des populations tout en tenant compte des réalités politiques nouvelles. Le dialogue est engagé ; sa capacité à produire des résultats mesurables reste à démontrer.











