
Le phénomène El Niño s’intensifie dans le Pacifique tropical et pourrait atteindre un niveau particulièrement élevé au cours des prochains mois. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) estime que sa probabilité de développement est forte, avec des risques accrus de sécheresses, de fortes pluies et d’inondations. Pour l’Afrique, l’enjeu concerne directement les récoltes, les prix alimentaires et la sécurité des populations.
El Niño n’est pas un phénomène météorologique limité au Pacifique. Le réchauffement anormal des eaux du Pacifique équatorial modifie les circulations atmosphériques et peut perturber les régimes de précipitations et de températures à l’échelle mondiale. En juillet 2026, l’OMM indiquait que les conditions El Niño étaient installées et qu’elles pourraient rapidement se renforcer. Les modèles internationaux évoquaient alors un épisode fort entre juillet et septembre, avec des anomalies de température de surface de la mer susceptibles de dépasser 2 °C dans certaines zones de référence.
L’Afrique figure parmi les régions pour lesquelles les conséquences doivent être surveillées avec attention, même si l’intensité et la nature des impacts varient fortement selon les territoires. L’Afrique australe est particulièrement exposée au risque de déficit pluviométrique. Dans la Corne de l’Afrique, les prévisions régionales indiquent également un risque de précipitations inférieures à la normale dans plusieurs secteurs de l’Éthiopie, du Soudan du Sud, du Soudan et de l’Ouganda. Ailleurs, El Niño peut au contraire favoriser des épisodes de pluies intenses et d’inondations.
Le précédent épisode majeur de 2023-2024 illustre l’ampleur potentielle des perturbations. Selon l’OMM, les rendements céréaliers de l’Afrique australe avaient alors été inférieurs de 16 % à leur moyenne quinquennale, avec des baisses particulièrement fortes en Zambie et au Zimbabwe. Les déficits hydriques avaient également affecté la production hydroélectrique et provoqué des perturbations économiques.
Le risque dépasse donc largement le secteur agricole. Une baisse des récoltes peut réduire l’offre locale, accroître les besoins d’importation et exercer une pression sur les prix. Dans les économies où l’alimentation représente une part importante des dépenses des ménages, cette transmission peut contribuer à renforcer l’inflation et fragiliser davantage les ménages vulnérables.
Le Programme alimentaire mondial estime qu’un El Niño particulièrement puissant pourrait entraîner jusqu’à 49 millions de personnes supplémentaires dans l’insécurité alimentaire aiguë à l’échelle mondiale. L’Afrique australe figure parmi les régions susceptibles de connaître les hausses les plus importantes.
Une estimation de pertes économiques africaines comprise entre 10 et 20 milliards de dollars circule également dans les analyses consacrées au risque El Niño. Toutefois, cette fourchette n’a pas pu être retrouvée, dans les sources publiques consultées, sous cette formulation précise dans une publication récente de la Banque africaine de développement. Elle doit donc être considérée avec prudence plutôt que comme un montant définitivement établi.
Les données disponibles justifient néanmoins le maintien d’El Niño dans les dispositifs de veille stratégique africains. L’enjeu immédiat n’est pas de prédire avec certitude l’ampleur des dégâts, mais d’anticiper les conséquences possibles sur les récoltes, l’eau, l’énergie, les marchés alimentaires et les finances publiques. L’OMM souligne précisément l’importance des systèmes d’alerte précoce et des informations climatiques pour permettre aux gouvernements et aux secteurs sensibles de préparer leurs décisions.












