
Alors que les tensions commerciales internationales continuent d’alimenter les débats sur les droits de douane, les principaux freins au commerce africain demeurent d’une autre nature. Les obstacles techniques, réglementaires, logistiques et financiers continuent de peser lourdement sur la compétitivité des entreprises du continent. C’est dans ce contexte que l’Éthiopie accueillera, les 23 et 24 novembre 2026, le Forum sur le développement du commerce en Afrique (ATDF 2026), un rendez-vous destiné à promouvoir des réformes susceptibles de renforcer durablement les échanges intra-africains et l’accès des produits africains aux marchés internationaux.
À l’heure où la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) poursuit progressivement sa mise en œuvre, les décideurs africains concentrent désormais leurs efforts sur un défi moins visible que les tarifs douaniers, mais souvent plus coûteux : les barrières non tarifaires. Ces contraintes regroupent notamment les exigences en matière de certification, de contrôle sanitaire et phytosanitaire, de conformité technique, de procédures administratives ainsi que les insuffisances des infrastructures logistiques.
C’est précisément cette problématique qui sera au cœur du Forum sur le développement du commerce en Afrique 2026, organisé conjointement par le ministère éthiopien du Commerce et de l’Intégration régionale et TradeMark Africa (TMA). Pendant deux jours, chefs d’État et de gouvernement, responsables politiques, représentants du secteur privé, industriels, investisseurs et partenaires internationaux échangeront sur les réformes indispensables pour améliorer la compétitivité des économies africaines.
Les enjeux économiques sont considérables. Selon les estimations de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), les barrières non tarifaires augmentent actuellement le coût des échanges commerciaux régionaux de 15 % à 30 %. Leur suppression pourrait entraîner une progression de 52 % du commerce intra-africain, un levier majeur pour accélérer la transformation économique du continent.
La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) souligne également que les coûts liés à la conformité réglementaire dépassent désormais, dans de nombreux cas, le montant des droits de douane. Les mesures techniques représenteraient aujourd’hui près des deux tiers des réglementations encadrant le commerce mondial, rendant indispensable le renforcement des systèmes africains de certification, de normalisation et d’assurance qualité.
Le forum d’Addis-Abeba entend ainsi promouvoir une approche collective autour de plusieurs priorités : l’harmonisation des normes entre les États africains, la réduction des coûts de certification, l’amélioration des infrastructures de qualité et l’accélération des procédures permettant aux entreprises de démontrer la conformité de leurs produits aux standards internationaux. Ces évolutions sont jugées essentielles pour réduire les refus de marchandises africaines sur les marchés internationaux et renforcer la confiance des partenaires commerciaux.
Pour Hailemariam Desalegn Boshe, président du conseil d’administration de TradeMark Africa et ancien Premier ministre d’Éthiopie, la prochaine étape de la croissance commerciale du continent dépendra avant tout de la capacité des entreprises africaines à prouver la qualité de leurs produits. Il estime que les opérateurs économiques sont prêts à relever ce défi, à condition de bénéficier de mécanismes de certification plus accessibles et moins coûteux.
Le ministre éthiopien du Commerce et de l’Intégration régionale, Kassahun Gofe, considère pour sa part que l’organisation du forum intervient dans un contexte où l’Afrique accorde une attention croissante à la modernisation de ses systèmes commerciaux. Selon lui, des infrastructures de qualité performantes constituent un facteur déterminant pour stimuler l’industrialisation, renforcer la confiance des marchés et améliorer la compétitivité des producteurs africains tant sur le continent qu’à l’international.
Même analyse du côté de David Beer, directeur général de TradeMark Africa, qui souligne que les ambitions commerciales africaines dépendront largement de la capacité des entreprises à satisfaire les exigences des marchés mondiaux. Pour lui, la qualité des systèmes de contrôle et de certification constitue désormais un élément central de la compétitivité internationale.
Au-delà des échanges institutionnels, l’ATDF 2026 pourrait ainsi contribuer à orienter les futures politiques commerciales africaines vers une meilleure harmonisation réglementaire et une intégration économique plus efficace. Dans un contexte où la ZLECAf ambitionne de créer le plus vaste marché intégré du monde en nombre de pays participants, la réduction des barrières non tarifaires apparaît désormais comme l’un des principaux leviers pour accroître les échanges intra-africains, soutenir l’industrialisation du continent et renforcer la place de l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales.












