
Réunis à Addis-Abeba en marge du 39e Sommet de l’Union africaine, des dirigeants politiques, chefs d’entreprise et responsables d’institutions de développement africaines ont réitéré leur appel à la libre circulation des personnes sur le continent. Lors d’un symposium de haut niveau organisé conjointement par le Groupe de la Banque africaine de développement et la Commission de l’Union africaine, ils ont souligné le rôle central de la mobilité dans la transformation économique de l’Afrique et la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Le symposium, intitulé « Promouvoir une Afrique sans visa pour la prospérité économique », s’est tenu à Addis-Abeba, en Éthiopie, en marge du 39e Sommet de l’Union africaine. Il a réuni des représentants des gouvernements africains, du secteur privé, d’organisations régionales et d’institutions panafricaines autour des enjeux liés à la mobilité des personnes dans le contexte de l’intégration économique continentale.
Les intervenants ont mis en avant la libre circulation comme un élément structurant du programme d’intégration africaine. Selon eux, malgré la réduction progressive des barrières tarifaires dans le cadre de la ZLECAf, les régimes de visas restrictifs continuent de freiner le commerce des services, les flux d’investissements, le tourisme et la mobilité de la main-d’œuvre à l’intérieur du continent.
Alex Mubiru, directeur général du Groupe de la Banque africaine de développement pour l’Afrique de l’Est, a souligné que l’exemption de visas, l’interopérabilité des systèmes numériques et l’intégration des marchés constituent des leviers concrets pour stimuler l’entrepreneuriat, l’innovation et les chaînes de valeur régionales. « Les éléments de preuve sont sans équivoque. L’analyse économique soutient l’ouverture des visas. La réalité humaine l’impose », a-t-il déclaré, appelant les États africains à aller au-delà de réformes progressives pour engager des transformations plus profondes.
Amma A. Twum-Amoah, commissaire à la santé, aux affaires humanitaires et au développement social de la Commission de l’Union africaine, a pour sa part insisté sur la nécessité d’accélérer la mise en œuvre des cadres continentaux existants. Elle a présenté l’ouverture des visas comme un instrument stratégique pour approfondir les marchés régionaux et renforcer les réponses collectives face aux crises économiques et humanitaires.
L’ancienne présidente de la Commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, a rappelé que la libre circulation des personnes constitue un pilier de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. « Si nous reconnaissons notre identité africaine, alors nous devons pouvoir circuler librement sur notre continent », a-t-elle affirmé, appelant les États membres à rendre pleinement opérationnels le passeport africain et le Protocole sur la libre circulation des personnes.
La ministre ghanéenne du Commerce et de l’Industrie, Elizabeth Ofosu-Adjare, a présenté l’expérience du Ghana, cité comme pays précurseur en matière d’ouverture des visas aux ressortissants africains. Elle a évoqué une hausse des voyages d’affaires, du tourisme et de l’intérêt des investisseurs comme premiers résultats observés.
Les débats ont également porté sur les conclusions du dernier Indice d’ouverture sur les visas en Afrique, selon lequel plus de la moitié des déplacements intra-africains nécessitent encore l’obtention d’un visa avant le départ. Les participants ont identifié cette situation comme un obstacle majeur au commerce intra-continental.
Mesfin Bekele, directeur général d’Ethiopian Airlines, a appelé à une mise en œuvre intégrale du Marché unique du transport aérien africain, soulignant la complémentarité entre connectivité aérienne et libéralisation des visas. Des représentants régionaux, dont Elias Magosi, secrétaire exécutif de la Communauté de développement de l’Afrique australe, ont insisté sur l’importance de la gestion coordonnée des frontières et des systèmes numériques de partage d’informations.
Les participants ont convenu que la réalisation d’une Afrique sans visas nécessitera une harmonisation des politiques migratoires, des systèmes d’identité numérique et des infrastructures frontalières, appuyée par un engagement politique durable. À l’issue du symposium, ils ont symboliquement signé un « mur des passeports » pour marquer leur soutien à l’accélération des réformes.
Le Groupe de la Banque africaine de développement et la Commission de l’Union africaine ont indiqué qu’ils poursuivraient leur coopération avec les États membres et les organisations régionales afin de promouvoir des approches coordonnées en matière de mobilité sur le continent.











