
Depuis l’élargissement des BRICS en 2024, plusieurs pays africains voient dans ce groupe une opportunité de diversification de leurs partenariats économiques et financiers. Derrière les annonces de coopération Sud-Sud se pose toutefois une question centrale : les BRICS constituent-ils seulement un cadre de développement alternatif ou participent-ils à l’émergence d’un nouvel espace d’influence géopolitique sur le continent africain ?
L’essor des BRICS en Afrique traduit une transformation progressive de l’environnement international dans lequel évoluent les États africains. Créé en 2009 autour du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine, puis rejoint par l’Afrique du Sud en 2010, le groupe s’est présenté comme une plateforme de coopération entre économies émergentes. Son ambition affichée est de renforcer la représentation des pays du Sud dans les institutions internationales et de promouvoir des mécanismes financiers alternatifs aux structures dominées historiquement par les puissances occidentales.
L’entrée de nouveaux membres en 2024 a marqué une nouvelle étape. L’Égypte et l’Éthiopie ont rejoint officiellement le groupe aux côtés de l’Iran et des Émirats arabes unis. Cette évolution a renforcé la présence africaine dans une organisation qui représente désormais une part significative de l’économie mondiale. Selon les données du Fonds monétaire international, les pays membres des BRICS élargis représentent environ 40 % de la population mondiale et près de 35 % du produit intérieur brut mondial en parité de pouvoir d’achat.
Pour plusieurs gouvernements africains, l’intérêt des BRICS réside d’abord dans l’accès à de nouveaux financements, aux investissements directs étrangers et aux opportunités commerciales. La Nouvelle Banque de développement (NDB), créée en 2015 par les membres fondateurs, a pour objectif de financer des projets d’infrastructures et de développement durable dans les pays membres et partenaires. Elle a déjà approuvé plusieurs dizaines de milliards de dollars de financements depuis sa création, notamment dans les secteurs de l’énergie, des transports et de l’eau.
Cependant, l’engagement africain auprès des BRICS dépasse progressivement la seule dimension économique. Les échanges diplomatiques se multiplient sur des sujets tels que la réforme de la gouvernance mondiale, la représentation africaine au Conseil de sécurité des Nations unies ou encore l’utilisation accrue des monnaies nationales dans les échanges commerciaux. Ces orientations alimentent le débat sur l’émergence d’un nouvel équilibre international où les puissances émergentes cherchent à accroître leur poids politique.
Pour autant, les BRICS ne constituent pas un bloc homogène comparable à une alliance politique ou militaire. Les intérêts de leurs membres divergent parfois fortement. Les relations entre la Chine, l’Inde, la Russie ou les pays du Moyen-Orient restent marquées par des compétitions économiques et stratégiques. De même, les pays africains membres ou partenaires des BRICS conservent des politiques étrangères variées et cherchent généralement à multiplier leurs alliances plutôt qu’à s’inscrire dans une logique exclusive.
La question centrale pour l’Afrique demeure donc celle de sa capacité à transformer ces nouveaux partenariats en instruments de développement durable. L’enjeu n’est pas uniquement de diversifier les partenaires, mais aussi de négocier des accords favorisant davantage la transformation locale des ressources, le transfert de technologies, la création d’emplois et le renforcement des capacités industrielles.
Les BRICS représentent à la fois une opportunité économique et un espace croissant d’influence internationale. Leur développement en Afrique illustre la volonté de plusieurs États du continent de participer à une recomposition du système mondial. Toutefois, leur véritable impact dépendra moins de l’appartenance institutionnelle que de la capacité des pays africains à défendre leurs intérêts stratégiques dans ces nouveaux cadres de coopération.











