
Une frappe de drone sur le marché d’Amiet, dans la région disputée d’Abyei, à la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud, a fait au moins 153 morts selon les autorités locales. L’attaque, survenue le 19 octobre 2026, a également provoqué un incendie et fait de nombreux blessés. Le bilan communiqué le 21 octobre demeure susceptible d’évoluer. Le secrétaire général des Nations unies a condamné les frappes et appelé les deux pays à prévenir de nouvelles attaques.
Le drame d’Amiet intervient dans un contexte de dégradation sécuritaire liée à la guerre qui oppose, depuis avril 2023, les Forces armées soudanaises aux Forces de soutien rapide (FSR), une organisation paramilitaire engagée dans des combats contre l’armée régulière. Ce conflit a provoqué une crise humanitaire majeure et s’accompagne de frappes aériennes et de drones dans plusieurs régions du pays.
Selon Yohanna Akol Ngor, responsable de l’information de l’administration locale d’Abyei, le nombre de victimes est passé de 73 à 153 entre les premières évaluations et le bilan communiqué le 21 octobre. Il a indiqué que les corps recensés avaient été inhumés dans deux fosses communes et que des personnes restaient portées disparues. Des blessés, dont certains dans un état critique, ont été pris en charge dans les structures sanitaires de la région. L’organisation Médecins sans frontières (MSF) a signalé avoir soigné plus de vingt personnes blessées, notamment des patients présentant de graves brûlures.
L’attribution de la frappe demeure un point essentiel. Les autorités d’Abyei ont accusé l’armée soudanaise, mais cette responsabilité n’a pas été établie de manière indépendante dans les informations initialement publiées par Reuters. Un officier soudanais cité anonymement par Associated Press a affirmé que l’armée visait des camions-citernes soupçonnés de transporter du carburant destiné aux FSR. Des sources diplomatiques citées par Reuters ont également évoqué un dépôt de carburant utilisé antérieurement par les paramilitaires. Ces éléments ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de confirmer les circonstances exactes de l’attaque ni le statut de toutes les personnes tuées.
La réaction des Nations unies a renforcé les préoccupations relatives à la protection des civils. Dans une déclaration publiée le 21 octobre, le secrétaire général a condamné les frappes du 19 octobre près du marché d’Amiet et de Todach, où des civils, parmi lesquels des femmes et des enfants, ont été tués. Il a rappelé que les attaques contre les civils et les infrastructures civiles sont interdites par le droit international et demandé que les responsabilités soient établies.
La Force intérimaire de sécurité des Nations unies pour Abyei (UNISFA) a déployé du personnel médical, des moyens de lutte contre les incendies et des forces d’intervention rapide pour porter secours aux victimes, faciliter les évacuations et limiter la propagation du feu. Elle poursuivait également la vérification des victimes, alors que des personnes demeuraient introuvables.
Au-delà du bilan humain, cet événement rappelle la fragilité du statut d’Abyei, territoire riche en ressources pétrolières revendiqué par le Soudan et le Soudan du Sud. Malgré l’indépendance sud-soudanaise proclamée en 2011, son statut définitif reste non résolu. Le ministère sud-soudanais des Affaires étrangères a condamné l’attaque et convoqué l’ambassadeur du Soudan pour protester. Cette démarche diplomatique intervient alors que les autorités doivent aussi répondre aux besoins des blessés, des familles endeuillées et des personnes déplacées.
Le bilan d’Amiet souligne ainsi les conséquences humaines de la guerre soudanaise au-delà de ses principaux fronts. La priorité demeure la protection des populations, l’accès des secours et la vérification indépendante des faits. L’établissement des responsabilités devra s’appuyer sur des éléments vérifiables, sans confondre les accusations des parties avec des conclusions établies. La poursuite des investigations et les réponses des autorités concernées seront déterminantes pour préciser les circonstances de cette attaque meurtrière.










