
L’arrivée du lénacapavir, injectable deux fois par an pour prévenir le VIH, ouvre une nouvelle étape dans la prophylaxie pré-exposition. L’OMS recommande désormais cette option, après des résultats cliniques particulièrement favorables. Mais son déploiement en Afrique pose des questions concrètes de prix, de production, de financement et de disponibilité.
Développé par Gilead Sciences, le lénacapavir est administré par injection sous-cutanée deux fois par an. Dans l’essai clinique de phase 3 PURPOSE 1, conduit en Afrique du Sud et en Ouganda auprès de 5 345 adolescentes et jeunes femmes âgées de 16 à 26 ans, aucune infection par le VIH n’a été observée parmi les 2 134 participantes ayant reçu le lénacapavir. L’étude a également montré une supériorité statistique par rapport au Truvada quotidien et à l’incidence de référence du VIH. Ces résultats ont contribué à l’adoption, en juillet 2025, d’une recommandation de l’Organisation mondiale de la santé en faveur du lénacapavir comme option supplémentaire de PrEP.
L’enjeu est désormais celui du passage de l’efficacité clinique à l’accès à grande échelle. Selon l’analyse publiée le 1er octobre 2026 par Al Jazeera, des programmes d’approvisionnement soutenus par le Fonds mondial et le PEPFAR sont déjà déployés en Afrique du Sud, au Kenya, en Zambie, au Nigeria et en Eswatini. L’ONUSIDA indique de son côté que des livraisons ont atteint neuf pays africains, parmi lesquels figurent également le Lesotho, le Mozambique, l’Ouganda et le Zimbabwe.
La question du prix demeure centrale. Al Jazeera rapporte un coût annuel d’environ 28 000 dollars aux États-Unis pour le produit de marque, contre environ 40 dollars attendus pour certaines versions génériques. L’ONUSIDA estime toutefois que l’accès aux génériques dépend des accords de licence et des procédures réglementaires nationales. Six fabricants génériques ont obtenu des licences directes, tandis que le déploiement à grande échelle est attendu progressivement.
Les capacités de financement constituent un autre facteur déterminant. En avril 2026, l’ONUSIDA a annoncé que le Fonds mondial et les États-Unis avaient porté de deux à trois millions de personnes leur objectif d’accès au lénacapavir d’ici 2028. Cette cible reste à comparer avec l’objectif mondial de 20 millions de personnes devant bénéficier d’une prévention antirétrovirale d’ici 2030.
Pour les pays africains, la mise à disposition durable du produit dépendra donc de plusieurs maillons : homologation nationale, financement des programmes, chaînes d’approvisionnement, formation des personnels, suivi médical et accès aux versions génériques. La production locale ou régionale et le transfert de technologie sont également évoqués par l’ONUSIDA comme des leviers susceptibles d’élargir l’offre.
Le lénacapavir ne constitue ainsi pas seulement une innovation pharmacologique. Son déploiement met en évidence la nécessité d’articuler recherche clinique, politiques publiques, financement international, propriété intellectuelle et capacités industrielles. La question centrale devient celle de la transformation d’une avancée médicale démontrée en une prévention effectivement accessible aux populations exposées au VIH.











