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Soudan : Hemedti s’installe à la tête d’un gouvernement parallèle dans un pays déchiré

Le général Mohamed Hamdan Dagalo, chef adjoint du Conseil militaire de transition du Soudan, assiste à la cérémonie de signature de l'accord de paix et de cessez-le-feu à Juba, au Soudan du Sud, le 21 octobre 2019. REUTERS/Samir Bol/File Photo

Au Soudan, la crise institutionnelle a franchi un nouveau seuil. Mohamed Hamdan Dagalo, plus connu sous le nom de Hemedti, chef des Forces de soutien rapide (RSF), a prêté serment ce week-end à la tête d’un gouvernement parallèle. Ce geste symbolique, traduit la volonté de son camp de s’imposer comme une alternative au pouvoir en place à Khartoum, au moment où le pays est plongé dans une guerre interne d’une rare intensité.

La cérémonie, tenue dans un contexte de fortes tensions, a été présentée par ses partisans comme un acte de légitimité populaire. « Le peuple mérite une gouvernance juste et une sortie de crise », a déclaré Hemedti, affichant son ambition de s’ériger en homme d’État au-delà de son rôle militaire. Mais pour de nombreux observateurs, ce serment n’est pas seulement un acte politique : il marque une escalade institutionnelle susceptible d’aggraver la fragmentation du pays.

Depuis avril 2023, le Soudan est enlisé dans une guerre fratricide entre l’armée régulière, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhane, et les RSF d’Hemedti. Les combats, concentrés autour de Khartoum et du Darfour, ont causé des dizaines de milliers de morts et provoqué l’un des plus graves déplacements de populations au monde. Dans ce contexte de chaos, l’apparition d’un « gouvernement parallèle » accentue la compétition pour la légitimité politique et territoriale.

Analystes et diplomates soulignent que ce geste risque de compliquer davantage les efforts de médiation déjà fragiles menés par l’Union africaine et l’IGAD. Certains y voient une stratégie de consolidation : en donnant à ses forces une façade civile et institutionnelle, Hemedti chercherait à renforcer son poids dans d’éventuelles négociations. D’autres redoutent qu’il ne s’agisse d’une manœuvre pour diviser encore plus le pays, où les structures étatiques s’effritent de jour en jour.

Dans les rues de Khartoum comme dans les camps de réfugiés, la population assiste impuissante à ce duel de légitimités. Beaucoup s’inquiètent de voir les institutions se dédoubler tandis que la crise humanitaire s’aggrave. « Nous avons besoin de paix, pas de deux gouvernements qui se disputent le pouvoir », confiait un déplacé interrogé par une ONG.

La prestation de serment d’Hemedti illustre ainsi une nouvelle étape de la rivalité politique et militaire au Soudan. Elle laisse présager un avenir encore plus incertain, où la bataille pour la reconnaissance internationale et la survie de l’État soudanais se jouera autant sur le champ diplomatique que sur le terrain militaire.

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