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Sahel : les groupes djihadistes déplacent progressivement leurs offensives vers les centres urbains

photo d'illustration

Longtemps concentrées dans les zones rurales, frontalières et faiblement administrées, les attaques des groupes djihadistes au Sahel ciblent désormais et de plus en plus les centres urbains. Cette évolution tactique traduit une adaptation des organisations armées aux nouvelles réalités militaires et sécuritaires de la région. Elle accroît les risques pour les populations civiles, les institutions publiques et les activités économiques.

Le paysage sécuritaire du Sahel connaît une mutation significative. Après plusieurs années marquées par des attaques principalement dirigées contre les zones rurales, les axes routiers et les postes militaires isolés, les groupes djihadistes multiplient progressivement leurs opérations à proximité, voire au cœur, des centres urbains. Cette évolution est observée notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger, trois pays confrontés depuis plus d’une décennie à une insurrection armée qui ne cesse d’adapter ses modes opératoires.

Selon les données de l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), le Sahel demeure aujourd’hui l’épicentre mondial du terrorisme. Le Global Terrorism Index 2025, publié par l’Institute for Economics and Peace, estime que plus de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde sont désormais enregistrés dans cette région. Le Burkina Faso, en particulier, figure parmi les pays les plus durement touchés, tandis que le Mali et le Niger restent confrontés à une violence persistante malgré les changements intervenus dans leurs dispositifs sécuritaires.

Cette évolution stratégique répond à plusieurs objectifs. En visant les villes secondaires ou les périphéries des grandes agglomérations, les groupes affiliés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) ou à l’État islamique au Sahel (EIS) cherchent à démontrer leur capacité à contourner les dispositifs militaires, à fragiliser l’autorité des États et à installer un climat d’insécurité permanent. Les attaques contre les casernes, les commissariats, les bâtiments administratifs ou les infrastructures économiques permettent également d’obtenir un impact médiatique plus important que les opérations menées dans des zones isolées.

Ces derniers mois, plusieurs villes ont ainsi été visées par des attaques coordonnées ou des infiltrations armées. Au Burkina Faso, des assauts ont concerné des centres urbains jusque-là relativement épargnés. Au Mali, certaines localités stratégiques des régions de Tombouctou, Gao ou Mopti continuent de faire l’objet d’opérations régulières, tandis que des incursions plus proches des grandes villes sont signalées par les autorités et documentées par les organisations spécialisées dans le suivi des conflits. Au Niger, la pression demeure forte dans les régions de Tillabéri et de Tahoua, où les groupes armés cherchent régulièrement à perturber les principaux axes de communication.

Au-delà de leur portée militaire, ces offensives produisent des effets économiques et sociaux considérables. Elles perturbent les échanges commerciaux, ralentissent les investissements, provoquent des déplacements de populations et compliquent la fourniture des services publics essentiels. Selon les Nations unies, plusieurs millions de personnes restent déplacées à l’intérieur des pays sahéliens en raison des violences, tandis que des millions d’autres nécessitent une assistance humanitaire d’urgence.

Cette évolution intervient également dans un contexte de profonde recomposition des partenariats sécuritaires. Les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont renforcé leur coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), tout en réorientant leurs alliances militaires après le retrait progressif des forces françaises et de plusieurs missions occidentales. Malgré ces changements, les groupes djihadistes continuent de démontrer une forte capacité d’adaptation, alternant guérilla rurale, embuscades, usage d’engins explosifs improvisés et désormais attaques plus audacieuses contre les espaces urbains.

Les spécialistes de la sécurité soulignent que la réponse ne peut reposer uniquement sur l’action militaire. Le renforcement du renseignement, l’amélioration de la gouvernance locale, le développement des services publics, la lutte contre les trafics transfrontaliers ainsi qu’une coopération régionale plus efficace demeurent des leviers essentiels pour limiter l’expansion des groupes armés et restaurer durablement l’autorité des États.

L’évolution des offensives djihadistes vers les centres urbains constitue ainsi un nouveau défi stratégique pour les États sahéliens. En élargissant leur champ d’action aux espaces les plus densément peuplés, les groupes armés accroissent la pression sur les institutions, les économies locales et les populations civiles. Cette transformation du conflit confirme que la stabilisation du Sahel exigera une approche globale, combinant sécurité, gouvernance, développement et coopération régionale afin de contenir une menace dont les conséquences dépassent désormais largement les seules zones rurales.

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