
La médiation de l’Union africaine (UA) se poursuit en République démocratique du Congo (RDC), où les combats dans l’Est compromettent toujours les perspectives de paix. Après une rencontre avec les dirigeants de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du Mouvement du 23 mars (M23), une délégation africaine a appelé au respect du cessez-le-feu, à la reprise des négociations et à la protection des populations civiles. Cette initiative souligne un enjeu majeur : transformer les engagements diplomatiques en avancées vérifiables sur le terrain.
Le déplacement de la délégation de l’Union africaine dans l’Est congolais marque une nouvelle étape dans les efforts destinés à mettre fin au conflit qui affecte les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Selon Reuters, les échanges avec les représentants de l’AFC/M23 ont eu lieu le lundi 5 octobre 2026. L’organisation continentale a réaffirmé, deux jours plus tard, la nécessité de maintenir le dialogue et de poursuivre le processus de paix, alors que les affrontements se poursuivent dans plusieurs zones de la région.
La délégation comprend trois anciens dirigeants africains : Uhuru Kenyatta, ancien président du Kenya, Sahle-Work Zewde, ancienne présidente de l’Éthiopie, et Mokgweetsi Masisi, ancien président du Botswana. Leur implication témoigne de la volonté de mobiliser une expérience politique de haut niveau pour faciliter les discussions entre les protagonistes. Cette démarche s’inscrit toutefois dans un environnement diplomatique complexe, où plusieurs initiatives de médiation se déroulent parallèlement.
Au cœur des discussions figure le processus de Doha, engagé entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23. En juillet 2025, les deux parties avaient adopté une déclaration prévoyant un cessez-le-feu permanent et la poursuite des négociations en vue d’un accord de paix plus large. Depuis, des avancées ponctuelles ont été enregistrées, notamment la libération de détenus en août 2026 et le déploiement récent d’équipes chargées de surveiller l’application du cessez-le-feu. Ces mesures constituent des éléments concrets du processus, sans pour autant garantir une cessation durable des hostilités.
La persistance des affrontements révèle en effet les limites de ces engagements. D’après Reuters, des combats récents ont notamment été signalés dans les hauts plateaux du Sud-Kivu et dans le territoire de Masisi, au Nord-Kivu. L’AFC/M23 contrôle par ailleurs de vastes portions de ces deux provinces, conquises lors d’une offensive majeure en 2025. Cette présence territoriale complique les perspectives de stabilisation, dans la mesure où la mise en œuvre d’un accord suppose des mécanismes de contrôle crédibles et une capacité effective à faire respecter les engagements pris par les parties.
L’appel de l’Union africaine porte ainsi sur plusieurs exigences : respecter les engagements de Doha, observer le cessez-le-feu, coopérer avec les dispositifs de vérification et garantir la sécurité des civils. L’organisation insiste également sur la nécessité de faciliter l’accès humanitaire. Cette dimension est essentielle dans une région où les violences perturbent les déplacements, les activités économiques et l’accès aux services de base. Sans garanties de sécurité pour les populations et les organisations humanitaires, les progrès diplomatiques risquent de rester largement théoriques.
La médiation africaine doit également composer avec la dimension régionale du conflit. Les tensions entre Kinshasa et Kigali demeurent un facteur déterminant, tandis que les États-Unis participent eux aussi aux efforts diplomatiques. La délégation de l’UA a rencontré le ministre rwandais des Affaires étrangères le mardi 6 octobre et devait ensuite se rendre à Kinshasa pour des consultations avec les autorités congolaises. Cette séquence souligne l’importance d’un dialogue impliquant à la fois les acteurs directement engagés dans les combats et les États dont les relations influencent la dynamique régionale.
Pour autant, une rencontre diplomatique ne constitue ni un accord de paix ni la preuve d’une désescalade effective. L’efficacité de la médiation dépendra de la capacité des parties à respecter leurs engagements, de la fiabilité des mécanismes de vérification et de l’amélioration concrète de la sécurité des populations.
La prochaine étape sera donc moins de multiplier les déclarations que de démontrer leurs effets sur le terrain. Pour l’Union africaine et ses partenaires, l’enjeu est de préserver le dialogue tout en obtenant des résultats mesurables : réduction des combats, accès humanitaire sécurisé et application effective du cessez-le-feu. C’est à cette condition que les négociations pourront ouvrir une perspective crédible de paix durable dans l’Est de la RDC.











