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Pourquoi le Mali reste enlisé dans la guerre : comprendre les causes d’un conflit qui dure depuis plus d’une décennie

Assimi Goita, chef de l'Etat et président de la Transition au Mali

Plus de treize ans après le déclenchement de la crise sécuritaire de 2012, le Mali demeure confronté à une guerre multiforme dont l’issue reste incertaine. Malgré les changements de pouvoir, la réorganisation des forces armées, le départ des troupes françaises et de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), les violences persistent. Pourquoi l’État malien peine-t-il toujours à rétablir durablement la paix sur l’ensemble de son territoire ? L’analyse montre qu’il s’agit d’un conflit aux racines profondes, où les dimensions sécuritaires, politiques, économiques et sociales s’entremêlent.

La crise malienne ne débute pas véritablement en 2012. Cette année marque plutôt l’effondrement spectaculaire d’un équilibre déjà fragile. Le retour de combattants touaregs lourdement armés après la chute du régime de Mouammar Kadhafi en Libye, conjugué à une rébellion dans le nord du pays, provoque un affaiblissement rapide de l’État. Le coup d’État militaire de mars 2012 accentue cette fragilité institutionnelle.

Profitant de ce contexte, plusieurs organisations jihadistes, notamment affiliées à Al-Qaïda puis à l’organisation État islamique, s’implantent durablement dans les régions septentrionales avant d’étendre progressivement leurs zones d’influence vers le centre du Mali et les pays voisins du Sahel.

Une guerre devenue multidimensionnelle

Aujourd’hui, le conflit malien dépasse largement l’opposition entre l’État et les groupes armés. Plusieurs acteurs poursuivent des objectifs différents.

D’un côté, les Forces armées maliennes (FAMa) tentent de reprendre le contrôle du territoire. De l’autre, différents mouvements armés poursuivent leurs propres agendas : groupes jihadistes, mouvements indépendantistes ou autonomistes du nord, milices communautaires et réseaux criminels impliqués dans les trafics.

Cette superposition de conflits rend toute solution militaire particulièrement complexe. Dans certaines régions, les populations sont confrontées simultanément à des violences terroristes, à des affrontements intercommunautaires et à des rivalités liées au contrôle des routes commerciales ou des ressources locales.

Le défi du contrôle territorial

Le Mali couvre près de 1,24 million de kilomètres carrés, soit plus de deux fois la superficie de la France. Contrôler un territoire aussi vaste constitue un défi logistique majeur.

Si les autorités ont annoncé ces dernières années une montée en puissance des FAMa, plusieurs régions restent difficiles d’accès. Les attaques contre les positions militaires, les embuscades sur les axes routiers et les attaques contre les civils continuent d’être régulièrement signalées.

Selon les données de l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), le Mali demeure l’un des principaux foyers de violence armée en Afrique de l’Ouest. Les organisations humanitaires estiment également que plusieurs centaines de milliers de personnes restent déplacées à l’intérieur du pays, conséquence directe de l’insécurité persistante.

Les limites des réponses exclusivement militaires

Depuis plus d’une décennie, plusieurs stratégies sécuritaires se sont succédé : intervention française avec l’opération Serval en 2013, puis Barkhane, déploiement de la MINUSMA, coopération avec les partenaires européens, avant une réorientation vers de nouveaux partenaires sécuritaires après 2021.

Malgré ces évolutions, aucune approche n’a permis de mettre fin durablement au conflit. De nombreux spécialistes rappellent que la lutte contre les groupes armés ne peut produire des résultats durables sans une présence effective de l’administration, de la justice, des services publics et des opportunités économiques dans les territoires concernés. Lorsque les populations restent privées d’accès aux infrastructures, à l’école, à la santé ou à l’emploi, les groupes armés conservent une capacité de recrutement et d’influence.

Les défis politiques et diplomatiques

Le contexte politique constitue également un facteur déterminant. Les transitions institutionnelles successives, les tensions entre Bamako et certains partenaires internationaux ainsi que les désaccords avec plusieurs mouvements armés compliquent les perspectives de règlement.

L’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, signé en 2015, a progressivement perdu sa capacité à servir de cadre consensuel. Depuis, les affrontements entre l’armée et plusieurs groupes armés se sont intensifiés dans le nord du pays.

Par ailleurs, la dimension régionale du conflit demeure essentielle. Les frontières poreuses avec le Niger, le Burkina Faso, l’Algérie et la Mauritanie facilitent les déplacements des groupes armés, ce qui limite l’efficacité des opérations strictement nationales.

Une paix qui dépasse la seule victoire militaire

L’expérience malienne montre qu’aucune guerre contemporaine ne se résout uniquement par les armes. Restaurer durablement la stabilité suppose de renforcer simultanément la sécurité, la gouvernance, la justice, le développement économique et la confiance entre l’État et les populations.

Pour le Mali, le véritable défi consiste désormais à reconstruire l’autorité publique sur l’ensemble du territoire tout en répondant aux causes profondes des violences. Tant que les fractures politiques, sociales et territoriales demeureront, les succès militaires, aussi importants soient-ils, risquent de ne produire que des effets temporaires.

Conclusion

Treize ans après le début de la crise, le Mali reste confronté à l’un des conflits les plus complexes du continent africain. La persistance des violences résulte moins d’une seule faiblesse militaire que de l’imbrication de facteurs historiques, sécuritaires, politiques, économiques et géographiques.

Si les autorités poursuivent leur stratégie de reconquête territoriale, la stabilisation durable du pays dépendra également de la capacité de l’État à restaurer les services publics, à renforcer les institutions et à créer les conditions d’une paix inclusive. Dans un Sahel profondément transformé par les mutations géopolitiques récentes, l’évolution de la situation malienne continuera d’influencer la stabilité de l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

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