
Au Nigeria, les difficultés économiques et la persistance de l’insécurité constituent deux fronts majeurs pour le gouvernement de Bola Tinubu. La récente libération de 308 personnes enlevées et la hausse annoncée des rémunérations militaires interviennent alors que les ménages restent confrontés à un coût de la vie élevé. Ces évolutions replacent la sécurité, le pouvoir d’achat et l’emploi au centre des enjeux politiques du pays.
Les forces de sécurité nigérianes ont annoncé début août la libération de 308 personnes enlevées dans les États de Niger et de Kwara. Selon la présidence, il s’agit de la plus importante opération de libération menée en une seule journée par les forces conjointes nigérianes. Parmi les victimes figuraient 163 personnes enlevées dans la communauté de Woro, dans l’État de Kwara, en février, ainsi que 145 autres principalement originaires de l’État de Niger. Les personnes libérées ont été retrouvées dans une zone forestière et prises en charge médicalement.
Cette opération constitue un résultat concret pour les forces de sécurité, mais elle intervient dans un environnement où les enlèvements restent fréquents. Le nord-est demeure confronté aux violences liées notamment à Boko Haram et à l’État islamique en Afrique de l’Ouest, tandis que le nord-ouest est particulièrement affecté par les groupes armés et les enlèvements contre rançon. Le 9 août, l’armée a encore annoncé le sauvetage de 33 personnes enlevées dans l’État de Zamfara.
Dans ce contexte, Bola Tinubu a approuvé une revalorisation des salaires des forces armées qui doit entrer en vigueur le 1er septembre. Les augmentations annoncées vont jusqu’à 80 % pour les grades les moins élevés, 50 % pour plusieurs grades intermédiaires et 30 % pour les généraux. La masse salariale annuelle des forces armées passerait ainsi de 660 à 924 milliards de nairas. Le gouvernement présente cette mesure comme un moyen d’améliorer les conditions de vie et le moral des militaires engagés dans les opérations.
Cette décision intervient toutefois sur un autre terrain de tension : celui du pouvoir d’achat. Les réformes économiques engagées depuis 2023, notamment la suppression des subventions aux carburants et la modification du régime de change, ont amélioré certains indicateurs macroéconomiques, mais leurs effets sociaux restent difficiles pour une partie de la population. Le FMI estimait en juin que la pauvreté atteignait 63 % selon le seuil national et que 27 millions de Nigérians avaient connu une situation d’insécurité alimentaire à l’automne 2025. L’institution projetait parallèlement une croissance de 4,1 % en 2026.
L’enjeu pour Abuja consiste donc à articuler plusieurs impératifs : contenir l’insécurité, soutenir les forces engagées sur le terrain, préserver les équilibres budgétaires et améliorer les conditions économiques des ménages. La Banque centrale maintient par ailleurs son taux directeur à 26,5 %, signe que la maîtrise des tensions inflationnistes demeure une priorité monétaire.
Le Nigeria se trouve ainsi confronté à deux exigences simultanées : produire davantage de sécurité tout en rendant les bénéfices de la stabilisation économique plus perceptibles dans la vie quotidienne. Les résultats militaires, la trajectoire de l’inflation, la création d’emplois et l’évolution du niveau de vie constitueront autant d’indicateurs permettant d’évaluer, dans les prochains mois, l’efficacité globale de la politique conduite par le gouvernement Tinubu.












