
La reprise de Kidal par les forces maliennes, annoncée le 6 octobre 2026 après le retrait présenté comme « contrôlé » du Front de libération de l’Azawad (FLA), constitue un événement militaire important. Elle ne permet toutefois pas, à elle seule, de conclure à la disparition de la menace du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) ni des autres groupes armés. La distinction est essentielle : reprendre une ville signifie rétablir une présence, tandis que neutraliser une organisation suppose de réduire durablement ses capacités et sa liberté d’action.
Kidal illustre cette différence. Le FLA s’en était emparé depuis 2023 lors d’attaques coordonnées avec le JNIM. Selon Reuters, les forces maliennes sont ensuite revenues dans la ville après l’annonce d’un retrait stratégique du FLA. Les autorités ont indiqué que ce retour devait permettre la restauration progressive de l’administration et des services essentiels. Cette évolution modifie donc le rapport de contrôle territorial, mais elle ne constitue pas en elle-même la preuve d’une défaite du JNIM, car les deux organisations n’ont ni la même structure ni les mêmes objectifs.
Le problème tient aussi à la nature de l’insurrection. Les informations réunies par les Nations unies en 2026 font état d’attaques contre des positions militaires, de pressions sur les axes routiers et de blocages affectant les approvisionnements. En juillet, le Security Council Report relevait que le JNIM avait étendu ses opérations dans le centre et le nord du Mali et continuait de contester l’autorité de l’État dans plusieurs zones. Il signalait aussi des affrontements autour d’Anéfis, axe stratégique entre Gao et Kidal, malgré sa reprise par l’armée malienne.
La capacité d’un groupe armé à opérer dans des espaces ruraux, à se déplacer, à exploiter des réseaux locaux et à frapper des convois ou des installations militaires complique donc toute lecture fondée uniquement sur la carte des villes contrôlées. Le cas de Gao est révélateur : le 25 avril, des combattants du JNIM et du FLA avaient attaqué la ville, tandis que des violences se poursuivaient dans d’autres parties du pays. En juillet, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme faisait également état d’allégations de meurtres et de mauvais traitements de soldats maliens capturés dans la région de Gao.
Enfin, la situation humanitaire confirme que le contrôle administratif et militaire doit être apprécié dans la durée. En août 2026, l’UNFPA signalait encore des déplacements de populations dans le nord et des restrictions imposées par des groupes armés dans plusieurs zones. Ces éléments montrent que la présence militaire dans une ville ne suffit pas nécessairement à rétablir une sécurité effective dans son environnement.
La reprise d’une ville constitue donc un indicateur important, mais partiel. Elle peut restaurer une présence étatique et modifier les équilibres locaux sans supprimer les capacités clandestines, les réseaux ou les zones de repli d’une insurrection. Au nord du Mali, l’évolution sécuritaire devra surtout être mesurée par la capacité à maintenir durablement les axes, protéger les populations, rétablir les services publics et empêcher les groupes armés de reconstituer leur liberté d’action.









