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Mali: Diomaye à Bamako pour relancer le dialogue entre la CEDEAO et l’AES

Photo d'illustration

La visite du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye à Bamako marque une nouvelle séquence diplomatique dans les relations entre les États d’Afrique de l’Ouest. Reçu par le président de la transition malienne, le général Assimi Goïta, le chef de l’État sénégalais entend favoriser un rapprochement entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette première visite au Mali depuis son accession à la présidence tournante de la CEDEAO intervient dans un contexte régional marqué par des tensions politiques persistantes, une insécurité grandissante et la nécessité de préserver les mécanismes d’intégration ouest-africains.

En se rendant à Bamako, Bassirou Diomaye Faye ouvre un nouveau chapitre des relations entre la CEDEAO et les trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel, composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Depuis leur retrait officiel de la CEDEAO, effectif en janvier 2025 conformément aux dispositions du traité communautaire, les échanges entre les deux ensembles régionaux restent limités malgré le maintien d’importants liens économiques, commerciaux et humains.

Les discussions engagées avec le président Assimi Goïta portent d’abord sur le renforcement de la coopération bilatérale entre le Sénégal et le Mali. En effet, les deux pays partagent près de 420 kilomètres de frontière et entretiennent des échanges économiques soutenus. Le corridor Dakar-Bamako demeure notamment l’un des principaux axes commerciaux de l’Afrique de l’Ouest, assurant une part significative de l’approvisionnement malien en marchandises transitant par le port autonome de Dakar.

Au-delà des questions économiques, la sécurité régionale constitue un autre dossier majeur. Le Sahel demeure l’une des zones les plus instables du continent. Selon le rapport 2025 du Centre africain d’études stratégiques, plus de 10 000 personnes ont été tuées dans des violences liées aux groupes armés au Sahel au cours de l’année précédente, tandis que plusieurs millions de personnes restent déplacées à travers le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Face à cette situation, la coordination entre États voisins apparaît comme un enjeu stratégique dépassant les divergences institutionnelles.

La visite de Bassirou Diomaye Faye revêt également une dimension politique particulière. Depuis qu’il assure la présidence tournante de la CEDEAO, le 19 juillet 2026, le président sénégalais affiche une volonté de privilégier le dialogue avec les autorités de l’AES. Cette approche s’inscrit dans une logique de désescalade après plusieurs années de relations marquées par des sanctions économiques, des désaccords sur les transitions politiques et des différends autour de l’architecture sécuritaire régionale.

Sans remettre en cause les positions institutionnelles respectives, cette démarche traduit la recherche d’espaces de concertation sur des sujets d’intérêt commun. Les enjeux migratoires, la lutte contre le terrorisme, les échanges commerciaux, les infrastructures régionales ou encore la libre circulation des personnes demeurent des priorités qui concernent aussi bien les États membres de la CEDEAO que ceux de l’AES.

Les observateurs notent toutefois que le rapprochement entre les deux organisations nécessitera davantage qu’une seule initiative diplomatique. Les divergences sur la gouvernance politique, le calendrier des transitions et les modalités de coopération régionale demeurent importantes. Dans ce contexte, la rencontre de Bamako apparaît avant tout comme une reprise du dialogue politique plutôt qu’un prélude à un règlement rapide des différends.

En privilégiant la concertation avec Assimi Goïta, Bassirou Diomaye Faye cherche ainsi à rétablir des canaux de communication entre deux espaces dont les destins restent étroitement liés. Si cette visite ne modifie pas immédiatement les équilibres régionaux, elle témoigne d’une volonté de replacer la diplomatie au cœur de la gestion des crises ouest-africaines. Dans un environnement marqué par l’instabilité sécuritaire et les recompositions géopolitiques, la capacité des dirigeants à maintenir un dialogue permanent pourrait constituer l’un des principaux leviers pour préserver la stabilité et l’intégration de l’Afrique de l’Ouest.

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