
L’administration américaine envisage d’imposer de nouveaux droits de douane supérieurs à 10 % sur une série de produits importés depuis plusieurs petits pays d’Afrique, suscitant l’inquiétude de ces nations et l’émoi chez certains partenaires commerciaux et analystes économiques.
Selon des sources proches du dossier au sein du département américain du Commerce, cette mesure viserait à « rétablir l’équilibre commercial » dans le cadre d’une révision stratégique des accords préférentiels conclus avec certains États africains dans le cadre de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), une loi permettant un accès privilégié au marché américain.
Les pays potentiellement concernés incluraient notamment l’Éthiopie, le Lesotho, le Togo, l’Eswatini et le Bénin, qui bénéficient depuis des années d’un régime douanier allégé pour leurs exportations textiles, agricoles ou artisanales vers les États-Unis. Washington reproche à certains de ces pays un « manque de réciprocité commerciale », ainsi qu’un alignement croissant sur des puissances concurrentes comme la Chine ou la Russie.
« Il s’agit d’un réexamen de nos priorités commerciales. Les avantages doivent être mutuels et respecter des critères politiques, sociaux et économiques clairs », a déclaré un haut responsable américain sous couvert d’anonymat.
Ces nouveaux droits de douane, s’ils étaient effectivement appliqués dans les mois à venir, pourraient frapper durement les économies locales. Dans des pays comme le Lesotho, où l’industrie textile représente jusqu’à 40 % des emplois manufacturiers, une hausse des tarifs douaniers pourrait entraîner des pertes d’emplois massives et une chute drastique des exportations vers le marché américain.
À Lomé, le gouvernement togolais a fait part de sa « vive préoccupation » et appelle à un « dialogue franc et constructif ». Du côté d’Addis-Abeba, les autorités éthiopiennes estiment que ces mesures « risquent de pénaliser injustement les efforts de développement inclusif entrepris ces dernières années ».
Cette initiative intervient dans un contexte de durcissement de la politique commerciale américaine, encouragé par des lobbys industriels nationaux et un Congrès de plus en plus sceptique face aux accords préférentiels jugés déséquilibrés.
Elle s’inscrit aussi dans un climat géopolitique tendu, marqué par la compétition stratégique entre les États-Unis et la Chine en Afrique, où Pékin multiplie les investissements, prêts et partenariats dans les infrastructures, les mines et la logistique.
L’Union africaine a exprimé sa « déception » face à ce projet, qu’elle juge contraire à l’esprit de coopération Sud-Nord. De son côté, le Bureau du Représentant au Commerce des États-Unis (USTR) affirme que le processus est encore en cours de consultation et qu’aucune décision définitive n’a été prise.
Les prochaines semaines s’annoncent donc décisives. Des rencontres bilatérales sont prévues en marge du sommet USA-Afrique prévu à Washington en septembre. Les États africains concernés espèrent encore convaincre l’administration américaine d’abandonner ou d’atténuer ces mesures, qui pourraient compromettre des années de coopération économique.









