
La tournée ouest-africaine de Brice Clotaire Oligui Nguema, effectuée du 27 juillet au 7 août 2026, a placé les relations économiques au cœur de la démarche diplomatique gabonaise. À Abidjan, les échanges avec les autorités et des acteurs économiques ivoiriens ont prolongé une dynamique engagée depuis 2025. Pour Libreville, l’enjeu est désormais de transformer les relations politiques en partenariats commerciaux et industriels mesurables.
La visite du président gabonais en Côte d’Ivoire intervient dans un contexte où Libreville cherche à diversifier ses partenariats économiques et à accroître la transformation locale de ses ressources. Lors de son étape à Abidjan, Brice Clotaire Oligui Nguema s’est notamment entretenu avec des responsables économiques ivoiriens, dont le groupe NSIA, autour du renforcement de sa présence au Gabon. L’Agence gabonaise de presse rapporte que ces discussions s’inscrivaient dans la recherche de partenariats régionaux.
Cette orientation ne constitue toutefois pas une initiative isolée. En novembre 2025, le premier Forum d’affaires Côte d’Ivoire-Gabon (FACIGA), organisé conjointement par le CEPICI et l’ANPI-Gabon, avait identifié six domaines prioritaires : agriculture et agro-industrie, élevage, infrastructures, mines, énergie, ainsi que digitalisation et technologies. L’objectif affiché était de favoriser les investissements croisés et les partenariats entre entreprises et pouvoirs publics.
Les statistiques commerciales montrent cependant que la relation économique reste encore limitée. Selon le portail officiel ivoirien de promotion de l’économie, les échanges bilatéraux ont atteint 13,077 milliards de FCFA en 2024, contre 8,35 milliards en 2023. Sur la période 2020-2024, les exportations ivoiriennes vers le Gabon ont représenté en moyenne 9 milliards de FCFA par an, contre seulement 0,2 milliard pour les importations ivoiriennes en provenance du Gabon. La balance commerciale est ainsi restée excédentaire pour la Côte d’Ivoire.
Ces données permettent de mesurer le principal enjeu du rapprochement actuel : augmenter non seulement le volume des échanges, mais également leur diversification et leur valeur ajoutée. La Côte d’Ivoire dispose d’un tissu entrepreneurial développé et d’une expérience reconnue dans plusieurs secteurs de services, d’infrastructures et d’agro-industrie. Le Gabon, de son côté, met en avant ses ressources minières, forestières et énergétiques ainsi que des projets d’infrastructures associés à sa stratégie de diversification. En 2026, Libreville présente notamment le projet de développement du gisement de fer de Bélinga, comprenant une ligne ferroviaire d’environ 450 kilomètres et un port en eau profonde.
La progression des échanges demeure néanmoins distincte de celle des investissements. Les annonces diplomatiques et les forums d’affaires créent des cadres de dialogue, mais leur portée économique dépend ensuite de la conclusion des contrats, du financement des projets, de leur exécution et de leur suivi. Le FACIGA avait précisément mis l’accent sur les rencontres B2B, B2G et les co-investissements.
Pour Libreville comme pour Abidjan, la prochaine étape consiste donc à convertir la proximité politique en opérations économiques vérifiables. La diplomatie économique peut faciliter cette transition ; les résultats, eux, se mesureront à l’évolution des investissements croisés, des échanges, des partenariats industriels et des emplois effectivement créés. Le rapprochement Gabon-Côte d’Ivoire entre ainsi dans une phase où les engagements devront être confrontés à leur concrétisation.








