
Les relations entre Addis-Abeba et Asmara connaissent une nouvelle dégradation, sur fond d’accusations réciproques et de mouvements militaires signalés dans le nord de l’Éthiopie. Le 9 octobre 2026, les autorités éthiopiennes ont saisi le Conseil de sécurité des Nations unies, dénonçant une incursion attribuée à l’Érythrée. Asmara a rejeté ces accusations et appelé, de son côté, à une intervention du Conseil. Dans cette région fragilisée par plusieurs années de conflit, l’évolution de la situation suscite des interrogations sur la stabilité de la Corne de l’Afrique.
Le 13 octobre, l’agence Reuters a rapporté que les forces gouvernementales éthiopiennes avaient progressé jusqu’à Zalambessa, une localité frontalière précédemment contrôlée par des combattants tigréens. Selon six sources citées par l’agence, parmi lesquelles des personnes en contact avec les habitants, un diplomate et un spécialiste du conflit, l’armée éthiopienne avait atteint cette ville d’environ 15 000 habitants. Toutefois, un porte-parole d’une milice favorable au gouvernement n’a pas confirmé la prise de contrôle de la localité. La présence effective des forces érythréennes ou des combattants rebelles dans la zone restait également incertaine.
Au cœur de cette crise figurent deux versions contradictoires. Addis-Abeba affirme que des militaires érythréens ont pénétré sur son territoire, certains rapports faisant état d’une avancée pouvant atteindre 60 kilomètres à l’intérieur de l’Éthiopie. Le gouvernement éthiopien accuse également son voisin de soutenir des groupes armés opposés au pouvoir fédéral. Asmara de son côté, rejette ces accusations et considère que les déclarations éthiopiennes constituent une menace contre sa souveraineté. Son ministre des Affaires étrangères, Osman Saleh, a demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de prendre des mesures contre l’Éthiopie. Ces positions doivent être distinguées des faits indépendamment établis, faute de vérification complète de l’ensemble des opérations signalées.
La dégradation diplomatique s’inscrit dans une relation bilatérale marquée par des ruptures successives. Après des années d’hostilité, les deux pays avaient conclu un accord de paix en 2018. L’Érythrée avait ensuite participé, aux côtés des forces fédérales éthiopiennes, à la guerre du Tigré entre 2020 et 2022. Ce conflit a provoqué une catastrophe humaine majeure et laissé la région confrontée à des fragilités politiques, sécuritaires et humanitaires persistantes. La reprise des affrontements entre les forces éthiopiennes et des groupes armés tigréens menace désormais les acquis de l’accord de Pretoria de 2022, destiné à mettre fin à la guerre.
Les inquiétudes dépassent les frontières des deux États. Le 10 octobre, le secrétaire général des Nations unies a exprimé sa vive préoccupation face à la reprise des combats dans les régions éthiopiennes du Tigré, de l’Afar et de l’Amhara. Il a appelé toutes les parties à cesser immédiatement les hostilités et à reprendre le dialogue dans le cadre de l’accord de Pretoria. Il a également alerté sur les informations relatives à la présence de forces érythréennes en Éthiopie.
À cette instabilité s’ajoute la question stratégique de l’accès à la mer Rouge. Depuis l’indépendance de l’Érythrée, en 1993, l’Éthiopie est privée de façade maritime souveraine. Addis-Abeba présente la recherche d’un accès à la mer comme une priorité nationale, tout en affirmant privilégier une solution pacifique. Ce dossier nourrit les tensions régionales, sans suffire, à lui seul, à expliquer les affrontements actuels.
La situation dépendra désormais de l’évolution des opérations militaires, de la vérification des accusations et de la capacité des acteurs régionaux et internationaux à favoriser une désescalade. À ce stade, les éléments disponibles attestent d’une crise sérieuse, mais ne permettent pas d’affirmer qu’une guerre généralisée entre l’Éthiopie et l’Érythrée est inévitable.











