
À la veille d’un moment aussi décisif pour la scène politique ivoirienne, l’annonce fait déjà grincer des dents : malgré les contestations de rue et de certains partis politiques, le président sortant Alassane Ouattara devrait déposer, demain, son dossier de candidature pour un quatrième mandat à la tête du pays. Une démarche à haut risque qui marque une étape institutionnelle et cristallise de vives tensions au sein de la société.
Dans les quartiers populaires comme dans les cercles politiques, deux camps s’opposent farouchement. D’un côté, les partisans du chef de l’État, convaincus que sa candidature représente la continuité et la stabilité. Pour eux, Ouattara demeure le garant d’un certain équilibre économique et diplomatique, fruit de plus d’une décennie de gouvernance. De l’autre, les opposants qui dénoncent une « confiscation du pouvoir » et jugent cette nouvelle candidature contraire à l’esprit de la Constitution, même si les partisans du président invoquent les modifications institutionnelles intervenues en 2016 pour légitimer son projet.
Cette fracture se traduit sur le terrain par des signes inquiétants. Des heurts sporadiques ont déjà éclaté dans certaines localités, opposant militants favorables et défavorables au projet présidentiel. Les réseaux sociaux, devenus amplificateurs de discours partisans, attisent parfois les rancunes anciennes entre communautés, ravivant ainsi le spectre des violences électorales qui ont marqué l’histoire récente du pays.
À Abidjan comme dans l’intérieur du pays, les autorités tentent de rassurer en multipliant les appels au calme et en mobilisant les forces de sécurité. Mais la mémoire des crises de 2010 et de 2020 reste vive et nombreux sont les observateurs qui redoutent une escalade si les débats politiques basculent vers des affrontements communautaires. La Côte d’Ivoire, riche de sa diversité, demeure fragile lorsqu’elle est traversée par des lignes de division identitaires et régionales.
Dans ce contexte très tendu, le geste attendu demain de la part du président Ouattara pourrait donc être plus qu’un simple acte administratif : il risque de devenir le point de départ d’une campagne électorale à haut risque. Entre appels à la paix et démonstrations de force, la société ivoirienne se trouve à la croisée des chemins, partagée entre l’aspiration à la stabilité et la crainte d’un embrasement.










