Home AFRIQUE CEDEAO-AES : le dialogue reprend sur fond de nouveaux enjeux énergétiques

CEDEAO-AES : le dialogue reprend sur fond de nouveaux enjeux énergétiques

photo d'illustration

Après le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger, les relations entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel restent marquées par une recomposition institutionnelle. La nomination d’un négociateur en chef par l’organisation régionale traduit toutefois la volonté de maintenir des canaux de discussion. Dans le même temps, la signature de l’accord intergouvernemental sur le gazoduc Nigeria-Maroc redonne une dimension énergétique aux enjeux d’intégration ouest-africaine.

Le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest est devenu effectif le 29 janvier 2025, conformément aux procédures prévues par le traité révisé de l’organisation. Depuis, les relations entre les deux ensembles se poursuivent dans un cadre distinct, sans remettre en cause, à ce stade, la séparation institutionnelle.

Un élément nouveau est intervenu en mars 2026 avec la désignation par la CEDEAO de Lansana Kouyaté comme négociateur en chef chargé des discussions avec les trois États de l’AES. L’ancien Premier ministre guinéen doit notamment faciliter le dialogue, rapprocher les intérêts divergents et conduire les échanges conformément au mandat fixé par la CEDEAO. Cette initiative constitue un canal officiel de négociation, mais elle ne signifie pas, à elle seule, un retour des pays de l’AES au sein de l’organisation.

Les enjeux sécuritaires demeurent particulièrement importants. En juillet, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a appelé à renforcer la coordination entre l’Union africaine, la CEDEAO et les États du Sahel central dans plusieurs domaines : lutte contre le terrorisme, partage du renseignement, sécurisation des frontières et lutte contre la criminalité transnationale. L’organisation continentale a également encouragé la poursuite des démarches de dialogue et de confiance.

Parallèlement, la dimension énergétique prend une place croissante dans les équilibres régionaux. Le 19 juillet 2026, à Freetown, les États membres de la CEDEAO ont signé l’accord intergouvernemental encadrant le Gazoduc Africain Atlantique Nigeria-Maroc. L’infrastructure, développée par la NNPC et l’ONHYM, doit s’étendre sur environ 6 800 kilomètres et desservir plusieurs pays de la façade atlantique ouest-africaine, avec des interconnexions envisagées pour les États sahéliens enclavés.

Le projet n’est cependant pas encore une infrastructure opérationnelle. Les études d’ingénierie détaillée ont été achevées et les études environnementales et sociales sont avancées, selon l’ONHYM. Les prochaines étapes concernent notamment la gouvernance, le financement et les décisions d’investissement.

Ainsi, la recomposition ouest-africaine combine deux dynamiques parallèles : la recherche de mécanismes de coopération avec l’AES et la consolidation de projets régionaux susceptibles de maintenir des interdépendances économiques. Le dialogue politique reste à construire, tandis que les infrastructures énergétiques offrent un autre terrain de coopération. Pour la CEDEAO comme pour les pays sahéliens, la question centrale demeure désormais celle de la coexistence entre souverainetés nationales, impératifs sécuritaires et mécanismes d’intégration régionale.

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