
Quarante-quatre jours après son départ pour ce qui avait été présenté comme un « court séjour privé en Europe », le président camerounais Paul Biya n’a toujours pas regagné son pays. Cette absence prolongée, dans un contexte marqué par les spéculations sur son état de santé et les réactions de l’opposition, ravive les débats sur la continuité de l’État, la succession présidentielle et le fonctionnement des institutions. Si le pouvoir appelle à la sérénité, l’épisode met en lumière les interrogations persistantes autour de la gouvernance du Cameroun.
L’absence prolongée du président camerounais Paul Biya continue d’alimenter les débats politiques au Cameroun. Parti le 7 juin 2026 pour ce qui avait été officiellement présenté comme un « court séjour privé en Europe » en compagnie de son épouse, le chef de l’État n’est toujours pas rentré au pays quarante-quatre jours plus tard. Cette situation nourrit les spéculations sur son état de santé et relance les interrogations sur l’exercice du pouvoir dans un pays dirigé depuis plus de quatre décennies par le même président.
À 93 ans, Paul Biya demeure l’un des plus anciens chefs d’État en exercice au monde. Arrivé au pouvoir le 6 novembre 1982, il totalise près de quarante-quatre années à la tête du Cameroun. Au fil des années, ses séjours privés à l’étranger, notamment en Suisse, ont régulièrement suscité des interrogations au sein de l’opinion publique. Toutefois, la durée inhabituelle de cette absence intervient dans un contexte politique particulièrement sensible, à l’approche des prochaines échéances électorales et alors que les débats sur sa succession demeurent largement ouverts.
Face aux nombreuses rumeurs relayées sur les réseaux sociaux et dans certains médias, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), formation au pouvoir, s’efforce de rassurer l’opinion. Les responsables du parti insistent sur le fait que le président poursuit normalement ses activités et qu’aucune disposition constitutionnelle ne justifie les inquiétudes exprimées par une partie de l’opposition. Les autorités rappellent également que les institutions continuent de fonctionner et que les affaires de l’État suivent leur cours.
L’opposition, de son côté, considère que cette absence prolongée soulève une véritable question institutionnelle. Un député a ainsi saisi le Conseil constitutionnel afin qu’il examine la possibilité de constater une éventuelle vacance du pouvoir. Une telle démarche apparaît cependant juridiquement complexe. La Constitution camerounaise prévoit des mécanismes précis encadrant la constatation d’une vacance de la présidence, notamment en cas de décès, de démission ou d’empêchement définitif du chef de l’État. Leur mise en œuvre suppose des conditions strictes qui n’ont, à ce stade, pas été officiellement établies.
Au-delà de la controverse juridique, cette séquence met en évidence un enjeu plus large de gouvernance. Dans plusieurs États africains, la communication autour de l’état de santé des dirigeants reste souvent limitée, favorisant les spéculations et les incertitudes. Selon l’indice Mo Ibrahim de la gouvernance en Afrique, la transparence institutionnelle et la redevabilité demeurent des défis importants pour de nombreux pays du continent, où la personnalisation du pouvoir peut accentuer les interrogations lorsque le chef de l’État est durablement absent.
L’évolution de cette situation sera suivie avec attention tant par les acteurs politiques que par les partenaires internationaux du Cameroun. Plus que l’absence elle-même, c’est désormais la capacité des institutions à rassurer l’opinion publique, à garantir la continuité de l’État et à préserver la stabilité politique qui constitue le principal enjeu. Dans un contexte régional marqué par de multiples défis sécuritaires, économiques et démocratiques, la gestion de cette séquence pourrait peser sur la perception de la solidité institutionnelle du Cameroun dans les mois à venir.












