
Le groupe public algérien Sonatrach franchit une nouvelle étape dans sa stratégie d’expansion africaine. En annonçant sa première livraison de gaz de pétrole liquéfié (GPL-butane) au Tchad, l’entreprise confirme son ambition de renforcer sa présence sur les marchés énergétiques du Sahel et d’Afrique centrale. Cette opération commerciale, au-delà de sa dimension économique, s’inscrit également dans une dynamique de coopération régionale portée par Alger et N’Djamena autour des hydrocarbures et de l’électricité.
Le 20 mai, Sonatrach a officialisé l’expédition de sa première cargaison de GPL-butane à destination du Tchad, marquant son entrée sur le marché énergétique tchadien. Selon les informations relayées par l’agence officielle Algérie Presse Service, cette opération découle d’un accord-cadre signé le 21 avril dernier entre le groupe algérien et Gazcom, distributeur local de produits pétroliers.
Cette première livraison met en évidence les défis logistiques liés à l’approvisionnement énergétique des pays enclavés du Sahel. La cargaison a transité par le port de Douala, au Cameroun, avant d’être transportée par voie terrestre jusqu’à N’Djamena. Ni le volume exact du GPL exporté ni la valeur financière de l’opération n’ont toutefois été communiqués par Sonatrach.
Pour l’entreprise algérienne, cette initiative dépasse le cadre d’une simple transaction commerciale. Elle constitue un levier stratégique destiné à consolider sa présence en Afrique subsaharienne, dans un contexte marqué par une compétition croissante entre acteurs énergétiques régionaux et internationaux. Le partenariat avec Gazcom permet à Sonatrach d’établir un canal direct avec un distributeur local, tout en préparant d’éventuelles extensions vers d’autres marchés sahéliens.
Cette avancée intervient dans un climat de rapprochement diplomatique entre l’Algérie et le Tchad. Les deux États avaient signé, le 17 décembre 2025, un mémorandum d’entente portant sur la coopération dans les hydrocarbures et les mines. Cet accord traduit la volonté des deux capitales de renforcer les partenariats Sud-Sud et de développer une coopération énergétique davantage intégrée à l’échelle africaine.
L’électricité figure également parmi les principaux axes de cette collaboration bilatérale. Le groupe algérien Sonelgaz prévoit la construction d’une centrale électrique de 40 mégawatts à N’Djamena. Le projet comprend aussi la réhabilitation du réseau de distribution électrique de la capitale tchadienne ainsi que la formation de techniciens locaux. Le lancement des travaux est annoncé pour juillet prochain.
Cette offensive régionale intervient alors que Sonatrach consolide sa position sur le marché international du GPL. L’Algérie occupe désormais le deuxième rang mondial des exportateurs de GPL, derrière les États-Unis. En 2024, le groupe a exporté un volume record estimé à 6,1 millions de tonnes, générant environ 444 milliards de dinars de recettes, soit près de 3,34 milliards de dollars.
À travers cette percée au Tchad, Sonatrach confirme ainsi sa volonté de transformer son poids énergétique national en influence économique régionale. Pour Alger, l’enjeu consiste désormais à convertir ces partenariats sectoriels en instruments durables de coopération et d’intégration africaine, dans un espace sahélien confronté à d’importants défis énergétiques et infrastructurels.












