
En Afrique du Sud, les manifestations anti-immigration commencent à produire des effets mesurables sur certaines activités économiques. Le départ de milliers de travailleurs migrants perturbe notamment l’industrie textile à Newcastle, dans le KwaZulu-Natal. Cette situation révèle un paradoxe : la volonté de récupérer des emplois pour les Sud-Africains pourrait, dans certaines entreprises, provoquer de nouvelles difficultés économiques.
Les manifestations anti-immigration en Afrique du Sud ne se limitent plus au terrain politique ou social. Le départ de milliers de travailleurs migrants commence à affecter certaines activités productives, notamment l’industrie textile. Le cas de Newcastle, dans le KwaZulu-Natal, met en lumière un risque économique : une politique visant à favoriser l’emploi national peut, dans certaines entreprises, réduire les capacités de production et fragiliser des emplois locaux.
Reuters rapporte que trois usines visitées à Newcastle fin juillet avaient perdu entre 12 % et 19 % de leurs effectifs après les manifestations. Le syndicat Southern African Clothing and Textile Workers’ Union estime, de son côté, qu’environ 15 % des 15 000 travailleurs du textile de la ville avaient quitté leur emploi pendant les troubles. Certains postes restaient vacants, alors que les employeurs affirmaient rencontrer des difficultés à recruter des travailleurs sud-africains disposant de compétences dans la confection.
Cette situation ne permet toutefois pas de conclure à une pénurie générale de main-d’œuvre. Le syndicat conteste cette lecture et avance une autre explication : les rémunérations jugées faibles, les conditions de travail et les coûts de déplacement rendent certains emplois peu attractifs pour les travailleurs locaux. Reuters rapporte également que des inspections gouvernementales ont relevé des pratiques illégales dans certaines usines, tandis que les fabricants subissaient déjà des contraintes liées aux commandes et aux coûts.
Le débat économique dépasse donc la seule question de la nationalité des travailleurs. En juillet, Reuters rappelait que l’Afrique du Sud comptait environ 2,6 millions de migrants selon des données des Nations unies pour 2024, soit près de 5 % de la population. Une estimation conjointe OCDE-OIT datant de 2018 évaluait leur contribution à environ 9 % du PIB. Ces chiffres ne mesurent pas directement l’effet des départs actuels, mais ils donnent une indication de l’intégration de la main-d’œuvre migrante dans l’économie sud-africaine.
Le gouvernement fait parallèlement face à une question régionale. Selon l’Associated Press, au moins 68 000 personnes ont été rapatriées d’Afrique du Sud entre juin et juillet, principalement vers le Malawi, le Zimbabwe et le Mozambique. Pretoria souhaite désormais inscrire les migrations dans un débat continental, en mettant l’accent sur les facteurs qui poussent les populations à partir de leur pays d’origine. Cette approche doit aussi être discutée au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe.
Le parallèle avec la crise de Ceuta souligne enfin que les migrations africaines ne relèvent pas d’un seul corridor. L’afflux massif de migrants vers l’enclave espagnole, qui a fait des dizaines de morts, a relancé les débats sur les frontières, les politiques nationales et les causes économiques et sociales des mobilités.
En Afrique du Sud, les données disponibles montrent surtout un paradoxe à surveiller : le départ de travailleurs étrangers peut libérer certains postes, mais aussi désorganiser des entreprises qui en dépendent. L’effet final sur l’emploi sud-africain dépendra donc moins du nombre de départs que de la capacité de l’économie à remplacer rapidement les compétences perdues, améliorer les conditions de travail et maintenir la production.








