
L’épidémie de maladie à virus Ebola qui sévit en République démocratique du Congo (RDC) a franchi le seuil des 5 000 décès, selon le bilan sanitaire communiqué le 31 octobre 2026. Avec 10 351 personnes infectées et une présence signalée dans plusieurs autres pays africains, la crise soulève de nouvelles préoccupations sanitaires. Elle met également en évidence les difficultés de surveillance, de prévention et de coordination auxquelles sont confrontés les systèmes de santé de la région.
Déclarée le 15 mai 2026, cette flambée épidémique est provoquée par le virus Bundibugyo, une souche du virus Ebola identifiée pour la première fois en Ouganda en 2007. Elle constitue déjà la deuxième épidémie d’Ebola la plus meurtrière jamais enregistrée, derrière celle qui avait touché l’Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016, responsable de plus de 11 000 décès, selon les données historiques rapportées par Associated Press.
La progression de la maladie en République démocratique du Congo reste particulièrement préoccupante. Selon les données communiquées par les autorités sanitaires congolaises et rapportées par Associated Press, les huit provinces affectées concentrent désormais une transmission étendue, notamment dans les régions de l’Ituri et du Nord-Kivu. Au total, 67 zones de santé ont été touchées. Cette extension géographique complique les opérations de surveillance, l’identification des personnes exposées et le suivi des chaînes de contamination.
L’un des principaux obstacles réside dans la difficulté à identifier suffisamment tôt les personnes infectées et leurs contacts. D’après le bilan relayé par Associated Press, environ 80 % des nouveaux cas ne figurent pas parmi les contacts déjà suivis par les équipes sanitaires. Par ailleurs, près d’un tiers des décès sont survenus avant que les personnes concernées puissent recevoir des soins. Ces indicateurs traduisent les limites du dispositif de détection précoce et les difficultés d’accès aux structures de prise en charge dans certaines zones affectées.
La situation est également compliquée par l’insécurité persistante dans l’est du pays, les déplacements de populations et les difficultés de fonctionnement des services sanitaires. Les équipes de terrain doivent intervenir dans des environnements où les contraintes logistiques et sécuritaires peuvent ralentir les campagnes de sensibilisation et le suivi épidémiologique. À ces difficultés s’ajoute la circulation de fausses informations, susceptible d’alimenter la méfiance envers les personnels médicaux.
Le 26 octobre, Reuters a rapporté qu’une infirmière expérimentée avait été tuée lors d’une attaque menée par des jeunes armés contre deux agents communautaires chargés de sensibiliser la population à l’épidémie, dans la province de la Tshopo. Un autre intervenant avait été blessé. Cet incident illustre les risques auxquels sont exposés les acteurs de la réponse sanitaire sur le terrain.
La dimension régionale de la crise constitue une autre source de préoccupation. Le Kenya a enregistré neuf cas confirmés, dont deux décès, tandis que le Nigeria a signalé un cas importé. L’Ouganda, qui avait également enregistré des infections liées à cette flambée, a officiellement déclaré la fin de son épisode épidémique le 27 août, après l’absence de nouveaux cas pendant la période de surveillance requise. Il convient donc de distinguer les pays ayant enregistré des cas antérieurement de ceux où des infections restent signalées.
Une difficulté supplémentaire tient à la nature du virus. Contrairement à certaines autres espèces responsables de la maladie à virus Ebola, le Bundibugyo ne dispose actuellement ni de vaccin homologué ni de traitement spécifique autorisé. La prise en charge repose notamment sur les soins de soutien, la détection rapide et les mesures de prévention et de contrôle des infections.
Au-delà du bilan humain, cette épidémie pose ainsi la question de la préparation collective des systèmes sanitaires africains. La surveillance aux frontières, le partage rapide des données, le financement des interventions, la disponibilité des équipements et la confiance entre populations et professionnels de santé constituent des éléments déterminants. La maîtrise de cette crise dépendra notamment de la capacité des pays concernés à coordonner leurs réponses et à renforcer durablement leurs dispositifs de détection et de prise en charge.









