
Le troisième sommet Russie–Afrique s’est ouvert à Moscou le 28 octobre 2026, avec un programme consacré aux relations économiques, aux investissements, aux sciences, aux technologies et à la coopération politique. Cette rencontre intervient dans un contexte où les États africains doivent évaluer les retombées concrètes de leurs partenariats internationaux. La question du recrutement de ressortissants africains pour combattre en Ukraine figure également parmi les préoccupations soulevées par des organisations de défense des droits humains. Les résultats du sommet dépendront des engagements formalisés, de leur financement et surtout des réponses appropriées à apporter aux questions sensibles.
La participation annoncée de 48 pays africains sur les 54 que compte le continent donne une indication de l’importance diplomatique accordée à cette rencontre. Selon l’agence Interfax, qui cite le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov, 22 pays seront représentés par leurs chefs d’État. Lors du précédent sommet, organisé à Saint-Pétersbourg en 2023, les chefs d’État de 17 pays africains avaient participé aux travaux. Ces chiffres témoignent d’une mobilisation institutionnelle plus importante, sans suffire à mesurer les résultats économiques qui en découleront.
Kremlin aide
Sur le plan économique, Moscou souhaite renforcer ses échanges avec les pays africains dans des secteurs tels que l’énergie, l’agriculture, la sécurité alimentaire, les technologies numériques et les télécommunications spatiales. Selon des déclarations rapportées en octobre par l’agence African Initiative, l’ambassadeur russe au Kenya a indiqué que le commerce entre la Russie et l’Afrique était passé de 17 milliards de dollars en 2019 à 28 milliards de dollars. Cette progression, qui représente environ 65 % sur la période, constitue un indicateur de l’évolution des échanges, mais ne renseigne pas, à elle seule, sur leur répartition entre pays, secteurs ou catégories de produits. Elle ne permet pas davantage d’établir la part des investissements effectivement réalisés sur le continent.
L’enjeu central pour les gouvernements africains consiste donc à convertir les déclarations politiques en engagements vérifiables. Les accords annoncés devront être examinés à partir de leurs montants, de leurs calendriers, de leurs mécanismes de financement et des responsabilités attribuées aux parties. Il conviendra également de distinguer les protocoles d’intention des contrats exécutoires, ainsi que les financements promis des sommes effectivement décaissées. Le transfert de compétences, la formation professionnelle et l’accès aux technologies constituent d’autres critères pertinents pour apprécier les bénéfices attendus des partenariats.
La dimension humaine de cette coopération représente toutefois un dossier distinct, mais tout aussi important. Dans une déclaration publiée le 27 octobre, Amnesty International a appelé les dirigeants africains à demander aux autorités russes de mettre fin au recrutement trompeur ou coercitif de ressortissants africains pour combattre en Ukraine. L’organisation estime que certaines pratiques documentées peuvent relever de la traite des êtres humains. Cette qualification constitue la position d’Amnesty International sur les cas examinés ; elle ne saurait être appliquée indistinctement à toutes les personnes recrutées.
Les données présentées au Parlement kényan le 8 octobre illustrent l’ampleur des préoccupations consulaires. Selon The EastAfrican, le gouvernement du Kenya avait recensé 354 ressortissants liés au conflit : 84 étaient déclarés morts ou portés disparus au combat, 77 se trouvaient sur les lignes de front, 34 étaient hospitalisés, cinq étaient prisonniers de guerre en Ukraine et 62 avaient été rapatriés. Le même média précise que ces chiffres sont contestés par certaines familles et que les estimations antérieures des services de renseignement étaient supérieures. Ces divergences soulignent la nécessité de données consolidées et vérifiables.
En définitive, le sommet de Moscou doit être évalué sur deux plans complémentaires : la capacité à produire des résultats économiques mesurables et celle à traiter les préoccupations relatives à la sécurité des ressortissants africains. Les communiqués finaux, les accords publiés et les éventuelles mesures concernant les recrutements devront être examinés avant de conclure à des avancées concrètes. La crédibilité du partenariat dépendra autant de l’exécution des engagements que de la transparence des résultats.










