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Sénégal : bras de fer entre le gouvernement et Pastef autour du budget rectificatif et du FMI

photo d'illustration

Au Sénégal, l’examen de la loi de finances rectificative ouvre une nouvelle séquence de tensions entre le gouvernement et le Pastef, majoritaire à l’Assemblée nationale. Rejeté en commission le 23 octobre, le texte doit être soumis à la plénière mardi, sur fond de désaccords concernant l’origine des crédits et les modalités de financement des dépenses publiques. Le Premier ministre Al Aminou Lô propose un dialogue avec Ousmane Sonko, tandis que l’exécutif souligne les enjeux budgétaires et financiers du projet, notamment dans les discussions avec le Fonds monétaire international (FMI).

Le désaccord porte sur le contenu du projet, mais également sur les conditions de contrôle des finances publiques. Le gouvernement défend des ajustements qu’il présente comme nécessaires pour tenir compte de la conjoncture économique, tandis que les députés de Pastef demandent des éclaircissements sur la provenance et l’affectation des crédits. La majorité parlementaire dispose de 130 sièges sur les 165 que compte l’Assemblée nationale, ce qui lui confère un poids déterminant dans l’examen du texte. Le rejet en commission ne préjuge toutefois pas, à lui seul, du résultat du vote en séance plénière.

Dimanche 25 octobre, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a proposé de rencontrer Ousmane Sonko dès lundi afin de rechercher une issue négociée. Il a invité les députés à formaliser leurs réserves par des amendements écrits, plutôt qu’à s’opposer globalement au projet. Selon les explications rapportées par l’Agence de presse sénégalaise (APS), l’exécutif justifie ses arbitrages par la diminution des recettes publiques, l’augmentation des dépenses et les contraintes qui pèsent sur les investissements.

Les données budgétaires disponibles permettent de préciser l’ampleur des ajustements. Le projet de loi de finances rectificative pour 2026 prévoit une révision à la baisse des recettes attendues, ramenées à 5 848,7 milliards de francs CFA, soit une diminution de 340,1 milliards par rapport aux prévisions initiales. Les dépenses sont évaluées à 7 583,9 milliards de francs CFA. Parallèlement, les subventions à l’énergie passent de 250 milliards à 790,3 milliards de francs CFA, une augmentation de 540,3 milliards. Le déficit budgétaire prévisionnel atteint ainsi 7,6 % du produit intérieur brut, contre 5,4 % dans les projections initiales. Ces chiffres figurent dans les documents de présentation du projet publiés par les services budgétaires sénégalais.

L’enjeu dépasse donc la confrontation entre deux responsables politiques. La révision budgétaire doit permettre à l’État d’adapter ses dépenses aux nouvelles contraintes, tout en arbitrant entre les subventions énergétiques, les besoins de sécurité, les investissements et le règlement des arriérés de paiement. Pour les entreprises concernées par ces impayés, l’exécution effective des crédits annoncés constitue un enjeu distinct de leur inscription dans le budget.

Le dossier comporte également une dimension internationale. Le gouvernement associe les ajustements budgétaires aux discussions engagées avec le Fonds monétaire international en vue d’un nouveau programme de financement annoncé à 2,2 milliards de dollars. Un rejet du texte pourrait compliquer cette séquence, mais ses conséquences précises dépendraient des exigences convenues avec le Fonds et des solutions retenues par les autorités sénégalaises. Il convient donc de distinguer le risque politique d’un blocage de ses effets financiers, qui ne peuvent être établis sans les termes détaillés du programme envisagé.

Sur le plan institutionnel, la Constitution sénégalaise prévoit, à son article 86, la possibilité pour le Premier ministre, après délibération du Conseil des ministres, d’engager la responsabilité du gouvernement sur un projet de loi de finances. Le texte est alors considéré comme adopté, sauf si une motion de censure déposée dans les vingt-quatre heures est votée selon les règles constitutionnelles. Cette procédure ne se confond pas avec une adoption ordinaire par vote et demeure distincte des autres mécanismes parlementaires.

À la veille de la plénière du 27 octobre, l’issue dépendra donc de la capacité des deux parties à clarifier les points contestés et à trouver un terrain d’entente. Le dialogue proposé par le Premier ministre constitue une possibilité de rapprochement, sans garantir un compromis. Au-delà du rapport de forces entre l’exécutif et sa majorité parlementaire, le débat met en jeu la transparence des arbitrages budgétaires, le contrôle démocratique des dépenses et la crédibilité des engagements financiers de l’État. La décision de l’Assemblée nationale permettra de mesurer si ces exigences peuvent être conciliées dans le cadre de la procédure parlementaire.

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