
Le plan américain destiné à instaurer une trêve au Soudan rencontre de nouvelles réserves de la part des autorités dirigées par l’armée. Amjad Farid, conseiller du général Abdel Fattah al-Burhan, estime que le dispositif proposé par Washington ne répond pas suffisamment aux exigences sécuritaires de Khartoum. Il redoute notamment qu’une mise en œuvre dans sa forme actuelle contribue à une fragmentation durable du pays.
Présentée par Massad Boulos, conseiller américain pour les affaires africaines et arabes, l’initiative prévoit une trêve humanitaire de 90 jours à l’échelle nationale. Cette période doit permettre l’acheminement de l’aide, la protection des civils et l’ouverture de discussions destinées à parvenir à un cessez-le-feu permanent. Le projet prévoit également une reprise du processus politique en vue d’une transition conduite par des civils.
Le principal désaccord porte sur le statut et le déploiement des Forces de soutien rapide (RSF), engagées depuis avril 2023 dans la guerre contre les Forces armées soudanaises. Khartoum demande notamment le retrait des RSF de l’ensemble des villes qu’elles contrôlent ou occupent. Des documents consultés par Reuters avaient déjà établi que les autorités soudanaises conditionnaient leur acceptation du dispositif à un retrait beaucoup plus large que celui envisagé initialement par la proposition américaine.
Selon Amjad Farid, cité par Reuters le 30 septembre, le gouvernement dirigé par l’armée a proposé que ce retrait des zones urbaines soit effectué de manière contrôlée et sous surveillance internationale. Il considère que le maintien des RSF dans certaines zones pourrait créer les conditions d’une division de fait du territoire. Le conseiller a également estimé que l’approche américaine pourrait laisser aux RSF une place dans l’organisation politique future du pays. Ces déclarations constituent la position d’un responsable proche des autorités militaires soudanaises et ne préjugent pas de la position américaine ou de celle des RSF.
La question territoriale est devenue particulièrement sensible avec l’installation, par les RSF et leurs alliés, de structures administratives concurrentes dans certaines régions, notamment au Darfour. La perspective d’une fragmentation institutionnelle s’ajoute ainsi aux divergences militaires sur les modalités du cessez-le-feu et du retrait des forces. Les RSF ont, de leur côté, précédemment contesté l’exigence d’un retrait de leurs positions, ce qui constitue l’un des principaux obstacles aux discussions.
Cette impasse diplomatique intervient alors que le conflit continue d’alimenter une crise humanitaire majeure. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, plus de 400 Soudanais franchissaient quotidiennement la frontière vers le Tchad fin septembre, tandis que le nombre de personnes déplacées par la guerre est estimé à plusieurs millions.
Le désaccord entre Khartoum et Washington porte donc moins sur le principe d’une trêve que sur ses conditions de mise en œuvre, notamment le retrait des RSF, le contrôle des zones urbaines et le cadre politique de l’après-guerre. Tant que ces questions restent sans accord entre les protagonistes, le projet américain demeure confronté à un obstacle majeur pour sa concrétisation.











