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Tchad : Yaya Dillo, la fin d’un opposant encombrant

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l'pposant tchadien Yaya Dillo, tué dans l'après-midi du mercredi 28 février 2024 au siège de son parti à Ndjamena par un raid de l'armée

Yaya Dillo est mort sans avoir accompli son rêve de succéder aux Deby.

Sa mort est annoncée depuis mercredi 28 février, sans qu’une preuve évidente ne soit présentée. Il faut attendre jeudi matin pour que le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Nd’jamena confirme la nouvelle.

Depuis mercredi soir, le siège de sa formation politique, le Parti socialiste sans frontière (PSF) est pris d’assaut par les services de sécurité tchadiens. Au petit matin, l’homme politique donne l’alerte sur Facebook.

Quelques heures plus tôt, le secrétaire national adjoint aux Finances de son parti, Abakar Torabi est mort dans des circonstances troublantes.

Selon l’opposant tchadien, ce dernier a été tué par les services de renseignement. Le pouvoir soutient dans un communiqué du ministre de la Communication, Abderaman Koulamallah, que c’est une interpellation des éléments du PSF ayant tenté de tuer le président de la Cour suprême et d’attaquer le siège de l’Agence nationale de la sécurité de l’Etat (ANSE) qui a mal tourné et provoqué des morts. Quoiqu’il en soit, ces évènements sonnent le glas d’un parcours atypique d’un opposant pas comme les autres.

Né en 1974, Yaya Dillo Djérou Betchi participe, très jeune, aux côtés de son oncle Idriss Déby au renversement de Hissein Habré en 1989. En 2005, Cette ce parent proche du clan Deby, crée le Socle pour le changement, l’Unité et la démocratie (SCUD). Ses oncles Paul et Timan Erdimi s’appuient sur ce mouvement pour déposer Idriss Déby, au pouvoir depuis 1990.

Retour au bercail

Suite à un accord avec les autorités tchadiennes, Dillo qui a connu une période de disgrâce au sein du SCUD, accusé d’être à la solde de son oncle de président, rentre au bercail en 2008 en provenance du Soudan. Il enchaine les postes de responsabilité. D’abord secrétaire d’Etat, il passe ministre des Mines avant d’atterrir à la présidence comme conseiller.

Son dernier poste, c’est à la Cemac (Commission économique et monétaire d’Afrique centrale) qu’il l’occupe comme ambassadeur du Tchad. Seulement, Yaya Dillo ne semble pas vouloir se contenter de ce strapontin. Il veut plus. L’homme lorgne le fauteuil de son oncle, le tout puissant Maréchal Idriss Deby Itno.

En mars 2020, à plus d’un an de la présidentielle, il accuse la première dame, Hinda Déby de détournement de fonds à travers sa Fondation, Grand cœur. En juillet, il est démis de ses fonctions et traqué.

Roi à la place du Maréchal

À l’approche de la Présidentielle d’avril 2021, il dévoile ses ambitions de remplacer le maréchal qui brigue un…sixième mandat à la tête de ce pays d’Afrique centrale.

Mais sous le coup de deux mandats d’arrêt émis par la justice tchadienne, son domicile du  5e arrondissement fait l’objet d’un assaut dans la nuit du 27 au 28 février. Sa mère meurt lors de cet assaut alors qu’il est exfiltré par des proches.

Ces évènements considérés par N’djamena comme une tentative de déstabiliser l’Etat changera la donne. L’opposant qui s’est emparé du PSF est empêché de concourir au scrutin du 11 avril. La tournure tragique de l’assaut de son domicile décide trois autres opposants, dont Saleh Kebzabo (premier chef de gouvernement de la transition de Deby fils avant d’être remplacé par l’opposant Succès Masra), à se retirer de la course. Idriss Déby n’a en face de lui que des candidats poids-plume et remporte les élections avec 79% des voix.

L’histoire bégaie

Quelques jours après, le président élu est tué dans le nord dans une contre-offensive de l’armée contre les rebelles du Front pour l’Alternance et la concorde au Tchad (FACT). Son fils, Mahamat Idriss Déby Itno est installé à la tête d’un Conseil militaire.

L’opposant Yaya Dillo ne donne pas de nouvelles, mais n’est pas pour autant désintéresser de la chose étatique. Il n’a jamais rangé ses ambitions de s’assoir sur le fauteuil présidentiel. Encore une fois, il déclare être prêt à toute bataille électorale.

Le jeune général au pouvoir est pour sa part investi par le Mouvement patriotique du Salut, d’autant plus que la nouvelle constitution du Tchad lui permet de se présenter à la Présidentielle.

C’est donc à quelques encablures de la fin de dépôt des candidatures que l’opposant de 49 ans est accusé d’être à l’origine de la tentative d’assassinat du président de la Cour suprême et d’attaque contre les services de renseignement.

Ses partisans rejettent ces accusations, faisant noter que la juridiction suprême est hors de portée car protégée par des compagnies de gendarmerie.

Dans tous les cas, la mort de Yaya Dillo suite à la prise d’assaut du quartier général de son parti par des forces de sécurité, marque la fin d’un opposant qui a donné du grain à moudre aux Deby. Père et fils.

I-Sahel

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