
Alors que l’attention internationale demeure largement focalisée sur d’autres foyers sahéliens, le conflit soudanais s’inscrit dans une phase d’enlisement militaire durable. Depuis plus d’un an, les lignes de front évoluent peu, notamment dans la région stratégique du Kordofan. Parallèlement, une extension des combats vers le Nil Bleu témoigne d’une recomposition tactique du conflit, sur fond d’implication régionale persistante.
Dans le centre du pays, la bataille du Kordofan illustre les limites opérationnelles des deux principaux protagonistes : les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR). Engagées dans des affrontements prolongés depuis plus d’un an, les FAS ne sont pas parvenues à reprendre l’ascendant dans cette région clé, qui constitue un carrefour logistique entre Khartoum, le Darfour et le sud du pays.
Selon plusieurs sources concordantes, les FSR ont récemment consolidé leur emprise sur la route stratégique reliant El Obeid à Dilling, un axe vital pour le ravitaillement et la mobilité des troupes. Cette reprise de contrôle, intervenue au cours du mois d’avril, illustre la capacité des FSR à maintenir des gains territoriaux malgré une pression militaire constante.
Les combats dans le Kordofan restent particulièrement intenses, sans percée décisive de part et d’autre. Cette situation d’équilibre instable contribue à prolonger un conflit déjà marqué par une forte attrition humaine et matérielle. D’après les estimations des Nations unies, plus de 13 000 personnes ont été tuées depuis le début des hostilités en avril 2023, tandis que près de 8 millions ont été déplacées à l’intérieur du pays ou vers les États voisins.
Dans ce contexte d’impasse au centre, les FSR ont entrepris, depuis le début de l’année 2026, d’ouvrir un nouveau front à l’est du Nil, dans la région du Nil Bleu. Cette évolution marque un tournant stratégique. En élargissant le théâtre des opérations, les FSR cherchent à contourner les lignes défensives des FAS et à exercer une pression accrue sur leurs arrières. Leur progression dans cette zone semble facilitée par des circuits d’approvisionnement transfrontaliers, impliquant notamment des axes logistiques via l’Éthiopie et le Soudan du Sud.
Plusieurs analystes évoquent également le rôle d’un soutien extérieur, en particulier celui des Émirats arabes unis, souvent cités comme un acteur clé dans l’approvisionnement des FSR. Si ces allégations restent difficiles à documenter de manière indépendante, elles s’inscrivent dans un schéma plus large d’internationalisation du conflit soudanais.
L’objectif opérationnel des FSR dans le Nil Bleu serait la prise de Damazin, une ville stratégique située à proximité du barrage de Roseires et du corridor reliant Khartoum à la frontière éthiopienne. Une avancée significative dans cette direction pourrait fragiliser les lignes de communication des FAS et modifier l’équilibre militaire à moyen terme.
Par ailleurs, le conflit connaît une mutation technologique notable, avec une augmentation marquée de l’usage des drones. Des frappes impliquant des drones MALE (moyenne altitude longue endurance) et des drones kamikazes ont été signalées, visant notamment des bases logistiques et des infrastructures aéroportuaires. Cette évolution témoigne d’une sophistication croissante des capacités militaires des belligérants.
Enfin, malgré un relatif désengagement de certains acteurs du Moyen-Orient, accaparés par d’autres crises régionales, le conflit soudanais ne montre aucun signe d’apaisement. En l’absence de dynamique politique crédible et face à une fragmentation accrue des alliances, les perspectives d’une résolution rapide apparaissent limitées.










