
Une frappe de drone survenue mardi dans un marché très fréquenté de Ghubaysh, au Kordofan-Occidental, a fait au moins 28 morts et des dizaines de blessés, selon une organisation locale de défense des droits humains. Cet épisode illustre une nouvelle fois l’intensification de la guerre au Soudan, où les drones sont devenus l’un des principaux vecteurs de violence contre les populations civiles depuis le déclenchement du conflit en 2023.
D’après l’organisation Emergency Lawyers, spécialisée dans la documentation des violations commises durant la guerre, l’attaque s’est produite dans la matinée alors que le marché de Ghubaysh était bondé de civils venus s’approvisionner en denrées alimentaires et produits de première nécessité. Le groupe a attribué la frappe à l’armée soudanaise.
La région du Kordofan-Occidental demeure sous le contrôle des Forces de soutien rapide (FSR), la puissante organisation paramilitaire engagée depuis avril 2023 dans une guerre ouverte contre l’armée régulière soudanaise. Ce conflit, né de rivalités politiques et militaires entre les deux camps, a progressivement plongé le pays dans l’une des plus graves crises humanitaires contemporaines.
Face aux accusations, des responsables militaires soudanais ont rejeté toute implication dans une attaque visant des civils. Un officier de l’armée, cité sous couvert d’anonymat, a affirmé que les forces armées ne prennent pas pour cible les infrastructures civiles ni les populations. Une autre source militaire a soutenu qu’un drone de l’armée avait frappé deux véhicules de combat des FSR stationnés près du marché pour ravitaillement en carburant. Selon cette version, les véhicules auraient été entièrement détruits sans provoquer de victimes civiles.
Le marché de Ghubaysh constitue toutefois un point d’approvisionnement stratégique pour des milliers d’habitants du Kordofan-Occidental et des zones environnantes. Sa paralysie risque d’aggraver davantage les difficultés d’accès à la nourriture dans une région déjà fragilisée par les déplacements de populations et l’effondrement des circuits commerciaux.
Selon plusieurs estimations internationales, la guerre au Soudan a déjà causé la mort d’au moins 59 000 personnes et entraîné le déplacement d’environ 13 millions d’habitants. Plus de 30 millions de personnes nécessitent aujourd’hui une assistance humanitaire d’urgence, tandis que certaines régions sont confrontées à des situations de famine.
Les drones occupent désormais une place centrale dans les stratégies militaires des deux camps. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a récemment alerté sur l’augmentation des attaques impliquant ces appareils et appelé à des mesures internationales pour limiter leur transfert vers le Soudan. L’ONU estime qu’au moins 880 civils ont été tués par des frappes de drones entre janvier et avril derniers.
Les analystes observent par ailleurs une sophistication croissante des équipements utilisés par les belligérants, alimentée par des soutiens étrangers venus du Moyen-Orient et d’autres régions. Selon les données du projet américain Armed Conflict Location & Event Data, plus de 2 670 personnes, civils et combattants confondus, ont été tuées depuis le début de l’année 2025, avec une hausse de 600 % des décès liés aux drones par rapport à l’année précédente.
Cette évolution nourrit les inquiétudes autour d’une internationalisation progressive du conflit soudanais et du risque d’une guerre par procuration de plus grande ampleur dans la région.












