
Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a annoncé le dépôt à l’Assemblée nationale d’un projet de loi visant à alourdir les sanctions pénales contre les relations homosexuelles. Le texte, qui prévoit des peines allant de cinq à dix ans de prison, intervient dans un contexte de forte mobilisation sociale, d’arrestations récentes et de débats récurrents sur les valeurs culturelles et religieuses dans ce pays ouest-africain.
Le gouvernement sénégalais souhaite renforcer l’arsenal pénal réprimant les relations homosexuelles. Mardi, le Premier ministre Ousmane Sonko a déclaré devant les députés avoir transmis à l’Assemblée nationale un projet de loi modifiant l’article 319 du code pénal. Selon ses propos tenus lors d’une séance de questions parlementaires, « toute personne qui aura commis un acte contre nature sera punie d’un emprisonnement de cinq à dix ans », contre une peine actuellement comprise entre un et cinq ans.
D’après le chef du gouvernement, le texte prévoit plusieurs durcissements. En cas de relation impliquant un mineur, le maximum de la peine serait automatiquement appliqué, sans possibilité pour le juge d’accorder un sursis ou de descendre en dessous du seuil légal. Le projet introduit également, pour la première fois, une définition explicite de l’homosexualité dans le code pénal, qualifiée de « tout acte sexuel ou à caractère sexuel entre deux personnes de même sexe ».
Autre nouveauté annoncée par le Premier ministre : la pénalisation de « l’apologie » de l’homosexualité. Toute personne reconnue coupable encourrait une peine de trois à sept ans de prison. Le texte prévoit en outre des sanctions complémentaires, notamment des pertes de droits civiques pendant dix ans à compter de la fin de la peine principale. Ces informations proviennent des déclarations publiques du Premier ministre, relayées par la presse nationale et internationale.
Le projet inclut toutefois une disposition visant à encadrer les pratiques de dénonciation. Dans un contexte marqué par de nombreux signalements sur les réseaux sociaux, parfois sans éléments tangibles, le texte prévoit de sanctionner toute dénonciation « sans preuve ». Ces dernières semaines, plusieurs campagnes en ligne appelant à identifier des personnes présumées homosexuelles ont circulé, un phénomène signalé par des médias locaux sans qu’il soit toujours possible d’en vérifier l’origine ou l’ampleur exacte.
Ce projet de loi s’inscrit dans un climat tendu. Depuis début février, la gendarmerie et la police ont annoncé l’arrestation de plusieurs dizaines de personnes pour « actes contre nature », parmi lesquelles des figures publiques. Les autorités ont également indiqué que certaines personnes interpellées étaient poursuivies pour « transmission volontaire du VIH-sida », une accusation fondée sur des éléments d’enquête judiciaire dont les détails n’ont pas été rendus publics.
Les organisations de défense des droits humains ont exprimé leurs inquiétudes. Human Rights Watch a dénoncé des arrestations opérées « en vertu de lois anti-LGBT sévères » et a appelé à la libération des personnes détenues. L’ONG estime que ces pratiques renforcent la stigmatisation et posent des risques pour la santé publique, notamment pour les personnes vivant avec le VIH.
Du côté des autorités, le gouvernement affirme répondre à une forte demande sociale. Le Sénégal, pays majoritairement musulman, a connu ces dernières années plusieurs manifestations organisées par des associations religieuses réclamant un durcissement des peines. L’homosexualité y est régulièrement présentée par certains acteurs comme incompatible avec les valeurs culturelles nationales et perçue comme une influence extérieure.
Le texte doit encore être examiné et voté par les députés à une date qui n’a pas été précisée. S’il était adopté en l’état, il marquerait une nouvelle étape dans un débat ancien au Sénégal, à la croisée des enjeux juridiques, sociaux et politiques, et suivi de près par les partenaires internationaux du pays.










