
En République démocratique du Congo (RDC), la perspective d’une révision de la Constitution relance les tensions entre le pouvoir et l’opposition à deux ans des prochaines échéances électorales. Plusieurs figures de l’opposition dénoncent une initiative susceptible d’ouvrir la voie à un troisième mandat présidentiel de Félix Tshisekedi, malgré les limites fixées par la Constitution. Elles appellent à une mobilisation populaire nationale, estimant que le débat dépasse désormais le cadre institutionnel et touche aux fondements de la démocratie congolaise.
À Kinshasa, la coalition d’opposition baptisée C64 a officiellement appelé à une grande manifestation prévue le 22 juillet afin d’obtenir la démission du président Félix Tshisekedi et le retrait de tout projet de modification constitutionnelle. Lors d’une conférence de presse, ses responsables ont accusé le chef de l’État de vouloir remettre en cause l’équilibre institutionnel instauré par la Constitution de 2006, texte qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels.
Le président de l’Alliance pour le Changement, Jean-Marc Kabund, figure de proue de cette plateforme, a présenté cette mobilisation comme une réponse à ce qu’il qualifie de « coup d’État constitutionnel ». Selon lui, la manifestation doit exprimer le rejet d’une éventuelle confiscation de la souveraineté populaire, dénoncer la persistance de l’insécurité dans l’est du pays ainsi que les insuffisances de la gouvernance actuelle, tout en réaffirmant l’attachement au respect de la Constitution, à la paix et à l’alternance démocratique.
Les tensions se sont accentuées après l’adoption, par un Parlement largement dominé par la majorité présidentielle, d’une proposition de loi susceptible de prolonger la durée du mandat du chef de l’État. Bien que Félix Tshisekedi n’ait pas encore promulgué ce texte, son examen a ravivé les inquiétudes d’une partie de la classe politique et de la société civile, dans un pays où les débats sur les révisions constitutionnelles ont souvent alimenté de profondes crises politiques.
Le chef de l’opposition a par ailleurs écarté toute perspective de dialogue avec le pouvoir tant que le président n’aura pas renoncé publiquement et de manière définitive à toute modification de la Constitution. Pour les responsables du C64, cette réforme risquerait de fragiliser davantage la cohésion nationale dans un contexte déjà marqué par les violences persistantes dans les provinces orientales, où les affrontements entre groupes armés et forces gouvernementales continuent de provoquer une importante crise humanitaire.
Âgé de 63 ans, Félix Tshisekedi dirige la RDC depuis janvier 2019 après son élection, puis sa réélection en décembre 2023. Son second mandat, d’une durée de cinq ans, doit théoriquement s’achever en 2028 conformément à la Constitution en vigueur. La RDC, qui compte plus de 110 millions d’habitants et demeure l’un des principaux producteurs mondiaux de cobalt et de cuivre, occupe une place stratégique en Afrique centrale. La stabilité de ses institutions constitue un enjeu majeur, tant pour les équilibres politiques régionaux que pour les investisseurs internationaux.
À mesure que l’échéance électorale de 2028 se rapproche, le débat autour d’une éventuelle révision constitutionnelle pourrait devenir le principal marqueur de la vie politique congolaise. Entre les exigences de l’opposition, les attentes d’une population confrontée à d’importants défis sécuritaires et socio-économiques, et les choix que fera le président concernant cette proposition de loi, les prochains mois seront déterminants pour l’évolution du climat politique et la consolidation des institutions démocratiques du pays.











