
Une nouvelle flambée du virus Ebola suscite une vive inquiétude dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où plusieurs dizaines de décès ont déjà été signalés. Les autorités sanitaires africaines redoutent une propagation rapide de la maladie dans une région fragilisée par l’insécurité et les déplacements massifs de populations. En Ouganda voisin, un premier décès lié à cette épidémie a également été confirmé, renforçant les craintes d’une crise sanitaire transfrontalière.
Selon les données communiquées par les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), la province de l’Ituri, située dans le nord-est de la RDC, concentre actuellement l’essentiel des cas recensés. Les autorités sanitaires évoquent déjà 246 cas suspects et 65 décès potentiellement liés à cette nouvelle flambée.
L’Ouganda a annoncé vendredi le décès à Kampala d’un homme de 59 ans originaire de RDC. Hospitalisé quelques jours plus tôt, il était porteur de la souche Bundibugyo du virus Ebola, une variante pour laquelle aucun vaccin homologué n’existe à ce jour. Les vaccins disponibles ciblent principalement la souche Zaïre, considérée comme la plus mortelle.
Face à cette situation, plusieurs experts internationaux ont exprimé leurs préoccupations et qualifient l’épidémie « d’importante », alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne les difficultés liées au contexte sécuritaire de la région.
L’Ituri reste marquée depuis plusieurs années par des violences armées impliquant des groupes locaux. Cette instabilité complique l’accès des équipes médicales à certaines localités et favorise les déplacements de populations vers les centres urbains comme Bunia, ville de près de 300 000 habitants où plusieurs cas suspects sont actuellement examinés.
Dans les zones sanitaires de Mongbwalu et Rwampara, qui regroupent chacune environ 150 000 habitants, les témoignages des riverains traduisent une inquiétude croissante. Des habitants évoquent une multiplication des décès ces dernières semaines, tandis que des représentants de la société civile rapportent des enterrements répétés sans certitude sur les causes exactes des morts enregistrées.
Des sources sanitaires locales indiquent également que les structures de prise en charge manquent de matériel de protection et d’équipements médicaux. Les patients suspects sont placés à l’isolement, mais les capacités logistiques demeurent limitées dans ce vaste pays d’Afrique centrale, dont les infrastructures routières compliquent l’acheminement rapide des médicaments et du personnel médical.
La RDC possède toutefois une longue expérience dans la gestion des crises Ebola. Depuis l’identification du virus sur son territoire en 1976, le pays a déjà connu 17 épidémies. Entre 2018 et 2020, la plus grave flambée enregistrée dans le pays avait causé près de 2 300 décès. Plus récemment, une autre épidémie déclarée en août dernier dans une région centrale avait fait au moins 34 morts avant d’être officiellement maîtrisée en décembre.
Le virus Ebola, transmis par contact direct avec les fluides corporels, provoque des fièvres hémorragiques sévères pouvant entraîner une défaillance des organes. Au cours des cinquante dernières années, la maladie aurait causé environ 15 000 morts sur le continent africain.
Alors que les autorités sanitaires multiplient les opérations de surveillance et de prévention, les populations locales redoutent désormais une aggravation de la situation dans une région déjà éprouvée par les conflits et les difficultés humanitaires.












