
La contestation contre le projet de réforme de la Constitution en République démocratique du Congo (RDC) a franchi un nouveau cap vendredi à Kinshasa. Une manifestation organisée par une coalition de l’opposition a dégénéré en affrontements avec des militants favorables au pouvoir et les forces de l’ordre. Deux figures de l’opposition, Martin Fayulu et Prince Epenge, ont été blessées dans un contexte de fortes tensions autour de l’avenir institutionnel du pays.
La capitale congolaise a été le théâtre de nouveaux heurts politiques vendredi, alors que plusieurs formations de l’opposition regroupées au sein de la coalition C64 manifestaient contre un projet de réforme constitutionnelle porté par la majorité présidentielle. Le rassemblement, organisé aux abords du Parlement à Kinshasa, visait à dénoncer ce que les organisateurs considèrent comme une remise en cause des garanties démocratiques inscrites dans la Constitution de 2006.
Selon des témoins présents sur les lieux, la manifestation, qui réunissait environ une centaine de participants, a rapidement dégénéré en affrontements entre militants de l’opposition et partisans du pouvoir avant l’intervention des forces de sécurité. La police a eu recours à des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants, tandis que plusieurs incidents violents ont été signalés dans différents secteurs de la capitale.
Parmi les personnes blessées figurent Martin Fayulu, principal opposant arrivé deuxième à l’élection présidentielle de 2018 et troisième lors du scrutin de 2023, ainsi que Prince Epenge, autre figure connue de l’opposition congolaise. Les deux responsables politiques ont subi des blessures légères au cours des affrontements marqués notamment par des jets de pierres.
À la suite des violences, plusieurs manifestants ont trouvé refuge au siège du parti Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECIDE), formation dirigée par Martin Fayulu. Des incidents ont ensuite éclaté autour du bâtiment, où des militants identifiés comme membres des Forces du progrès, mouvement de jeunesse proche du parti présidentiel, ainsi que des policiers, auraient lancé des projectiles en direction du siège. Les autorités n’avaient pas officiellement réagi au moment des faits.
Au cœur de la crise se trouve la question de la limitation des mandats présidentiels. La Constitution congolaise prévoit actuellement un maximum de deux mandats de cinq ans pour le chef de l’État, une disposition considérée comme intangible par de nombreux juristes et acteurs politiques. Or, un projet de loi en discussion à l’Assemblée nationale envisage la possibilité pour le président de modifier certains articles constitutionnels à la suite d’un référendum en cas de « dysfonctionnement majeur » des institutions.
Cette initiative intervient alors que le président Félix Tshisekedi, au pouvoir depuis janvier 2019, doit achever en 2028 son second mandat constitutionnel. Ces derniers mois, le chef de l’État a laissé entendre qu’il pourrait continuer à diriger le pays si une consultation populaire venait à l’y autoriser.
Dans un pays de plus de 110 millions d’habitants confronté à des défis sécuritaires persistants dans l’est, notamment liés aux activités du mouvement armé M23, ainsi qu’à des difficultés socio-économiques majeures, le débat sur la réforme constitutionnelle polarise davantage la scène politique.
La coalition C64 réclame le retrait immédiat du projet de loi, estimant qu’il représente un risque pour la stabilité institutionnelle du pays. De son côté, l’ancien président Joseph Kabila a appelé les Congolais à soutenir les initiatives visant à préserver l’actuel cadre constitutionnel, contribuant à renforcer un climat politique déjà particulièrement tendu.










