
Les tensions régionales autour de la crise sécuritaire dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) ont connu un nouvel éclairage à la suite des déclarations de Corneille Nangaa, coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), plateforme politico-militaire dont fait partie le mouvement rebelle M23. Dans une sortie publique, l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a confirmé l’existence d’une coopération entre l’AFC/M23, le Rwanda et l’Ouganda.
« Je confirme que nous coopérons avec le Rwanda. Non seulement avec le Rwanda, mais aussi avec l’Ouganda », a déclaré Corneille Nangaa, affirmant que cette collaboration s’inscrit dans une dynamique transfrontalière présentée comme quotidienne et fonctionnelle. Il a notamment évoqué le franchissement journalier de plus de 40 000 personnes à la frontière entre la RDC et le Rwanda, soulignant la présence conjointe d’agents de l’immigration congolais et rwandais aux différents points de passage.
Ces propos interviennent dans un contexte diplomatique déjà marqué par de fortes tensions entre Kinshasa et Kigali. Les autorités congolaises accusent régulièrement le Rwanda de soutenir militairement le M23, un mouvement armé actif principalement dans la province du Nord-Kivu. Ces déclarations interviennent alors que le 24 janvier dernier, l’ambassade de la République du Rwanda à Washington confirmait pour la première fois que Kigali entretient bel et bien des liens de coopération avec les forces rebelles du M23.
La reconnaissance explicite d’une coopération avec des États voisins par un responsable d’un mouvement qualifié de rebelle par Kinshasa pourrait raviver les débats sur la nature du conflit à l’est de la RDC, souvent décrit comme un enchevêtrement de revendications locales, d’intérêts régionaux et de luttes géopolitiques. Pour le gouvernement congolais, ces déclarations risquent de conforter la thèse d’une « agression extérieure » menée par des pays voisins via des groupes armés.
Du côté des observateurs, cette sortie de Corneille Nangaa pose également la question du statut et des ambitions politiques de l’AFC, qui se présente comme une alliance visant à « refonder l’État congolais », mais dont les méthodes armées sont largement contestées. Elle relance par ailleurs les interrogations sur l’efficacité des mécanismes régionaux de paix, notamment les processus de Nairobi et de Luanda, censés favoriser la désescalade et le dialogue entre les acteurs impliqués.
Alors que la situation humanitaire dans l’est de la RDC demeure préoccupante, avec des millions de déplacés internes, ces nouvelles déclarations pourraient compliquer davantage les efforts diplomatiques en cours et renforcer la méfiance entre les capitales de la région des Grands Lacs.










