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Quatorze pays africains utilisent encore la monnaie de leur ancien colonisateur, la France

photo d'illustration


Plus de soixante ans après l’indépendance formelle de plusieurs pays africains, une réalité économique continue de faire débat : quatorze États d’Afrique subsaharienne utilisent encore une monnaie héritée de la période coloniale, le franc CFA, autrefois acronyme de « franc des colonies françaises d’Afrique ». Bien que cette monnaie ait connu des évolutions dans son appellation et son organisation, son lien avec la France demeure un sujet central des discussions économiques, politiques et géopolitiques sur le continent.

Le franc CFA est en réalité divisé en deux zones monétaires : l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui regroupe huit pays : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, et utilise le franc CFA BCEAO ; et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui regroupe six pays : le Cameroun, la Centrafrique, le Congo-Brazzaville, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad, et utilise le franc CFA BEAC.

Ces deux francs CFA sont garantis par le Trésor français, qui assure la convertibilité illimitée de la monnaie en euros. En contrepartie, les pays membres doivent déposer une partie de leurs réserves de change auprès d’un compte d’opérations logé au Trésor public français, bien que cette exigence ait été assouplie ces dernières années.

D’un point de vue technique, le franc CFA offre certains avantages : il maintient une stabilité monétaire relative grâce à son ancrage à l’euro, contribue à maîtriser l’inflation et facilite les échanges commerciaux entre les pays membres. Cependant, ces bénéfices sont souvent contrebalancés par des critiques récurrentes sur la souveraineté monétaire, la dépendance financière vis-à-vis de la France, et l’inadéquation de cette politique monétaire à des économies aux structures variées.

Des voix se sont élevées à plusieurs reprises pour réclamer une réforme ou une suppression du franc CFA. Certains estiment que cette monnaie perpétue une forme de contrôle néocolonial, tandis que d’autres soulignent qu’elle entrave le développement industriel en rendant les exportations peu compétitives.

En 2019, une avancée significative a été annoncée : les pays de l’UEMOA ont décidé de remplacer le franc CFA par une nouvelle monnaie appelée l’eco. Ce projet s’inscrit dans le cadre d’une initiative plus large de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui ambitionne de créer une monnaie commune à l’ensemble de ses membres. Cependant, l’implémentation de l’eco a été retardée à plusieurs reprises, en raison de désaccords entre les pays membres sur les critères de convergence économique et sur le rôle futur de la Banque centrale européenne et du Trésor français.

Aujourd’hui, le débat reste ouvert et reflète les tensions entre stabilité financière et souveraineté monétaire. Alors que certains pays privilégient la prudence et la continuité, d’autres militent pour une rupture claire avec le passé colonial. À travers la question du franc CFA, c’est en réalité la place de l’Afrique dans l’ordre économique mondial, sa capacité à décider pour elle-même et à tracer sa propre voie de développement, qui est en jeu.


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