
Le Cameroun a enregistré une hausse significative des revenus issus du transit du pétrole tchadien au cours des quatre premiers mois de l’année 2026. Selon les chiffres officiels, les recettes générées par le pipeline Tchad-Cameroun ont atteint 12,2 milliards de FCFA à fin avril, en progression de 11 % sur un an. Cette évolution confirme l’importance économique de cette infrastructure transfrontalière, tout en relançant le débat sur la gestion et la valorisation des revenus extractifs dans un contexte de transition énergétique mondiale.
Entre janvier et avril 2026, le Trésor public camerounais a perçu 12,2 milliards de FCFA, soit près de 22 millions de dollars, au titre des droits de transit du pétrole brut tchadien acheminé vers l’océan Atlantique par le pipeline Tchad-Cameroun. Les données publiées par le Comité de pilotage et de suivi des pipelines (CPSP) indiquent une augmentation de 1,2 milliard de FCFA par rapport à la même période de l’année précédente, correspondant à une croissance annuelle de 11 %.
Cette progression est directement liée à l’augmentation des volumes transportés. Au total, 16,1 millions de barils de pétrole brut extraits des champs pétroliers tchadiens ont transité par le territoire camerounais durant les quatre premiers mois de l’année. Chaque baril a généré une redevance de transit de 1,321 dollar au profit du Cameroun.
Pour le Tchad, pays enclavé dépourvu d’accès direct à la mer, cette infrastructure demeure la principale voie d’exportation du pétrole brut. Long de 1 080 kilomètres, le pipeline relie les bassins pétroliers du sud tchadien au terminal maritime de Kribi, dans le sud du Cameroun. En contrepartie de l’utilisation de cette infrastructure, Yaoundé perçoit une rémunération sur chaque baril acheminé vers les marchés internationaux.
La rentabilité croissante de ce mécanisme résulte également des négociations engagées par le Cameroun depuis 2013 afin de revaloriser périodiquement les droits de transit. Alors fixée à 0,41 dollar par baril en 2008, la redevance a connu plusieurs ajustements successifs pour atteindre aujourd’hui 1,321 dollar. Toutefois, la révision prévue à partir du 1er octobre 2023 n’a toujours pas été finalisée, laissant ouverte la question d’une nouvelle augmentation des revenus futurs.
Au-delà des chiffres, cette progression confirme le rôle stratégique du pipeline dans les finances publiques camerounaises. Dans un environnement marqué par des contraintes budgétaires persistantes et des besoins croissants de financement des infrastructures, ces ressources constituent une source relativement stable de revenus non fiscaux. Elles permettent de diversifier les recettes publiques sans dépendre directement de la production nationale d’hydrocarbures, elle-même confrontée à l’épuisement progressif de certains gisements.
Néanmoins, l’impact macroéconomique de ces recettes demeure limité à l’échelle des finances publiques nationales. Les 12,2 milliards de FCFA collectés sur quatre mois représentent une contribution modeste comparativement aux besoins budgétaires globaux de l’État camerounais. Par ailleurs, la pérennité de ces flux reste tributaire de plusieurs facteurs externes, notamment l’évolution de la production pétrolière tchadienne, les contraintes sécuritaires dans les zones d’exploitation, les investissements nécessaires à la maintenance des infrastructures et les fluctuations du marché énergétique mondial.
À plus long terme, la montée en puissance des politiques de transition énergétique et la réduction progressive de la dépendance mondiale aux hydrocarbures pourraient également affecter la rentabilité de ce type d’infrastructures. Dans cette perspective, les experts estiment que les États concernés disposent d’une fenêtre d’opportunité pour maximiser les retombées économiques du pipeline tout en préparant l’après-pétrole.
La hausse actuelle des recettes de transit illustre ainsi la solidité du partenariat énergétique entre le Cameroun et le Tchad. Elle rappelle également l’importance d’une gouvernance rigoureuse des revenus extractifs. Une meilleure transparence dans la gestion et l’affectation de ces ressources pourrait renforcer la crédibilité financière du Cameroun auprès des bailleurs internationaux, améliorer l’attractivité du pays pour les investisseurs et contribuer à une valorisation plus durable de cet actif stratégique régional.










