
Trois ans après la rupture entre la France et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), la question du retour de l’influence française dans la région demeure ouverte. Entre souverainisme affirmé, recomposition géopolitique et réalités économiques, Paris fait face à un environnement profondément transformé. La capacité de la France à retrouver une position dominante au Mali, au Burkina Faso et au Niger dépend désormais de facteurs bien plus complexes que la seule coopération sécuritaire.
Depuis les coups d’État successifs intervenus au Mali en 2020 et 2021, au Burkina Faso en 2022 et au Niger en 2023, les relations entre Paris et les trois capitales sahéliennes ont connu une dégradation sans précédent. Le retrait des forces françaises, la dénonciation de plusieurs accords militaires et la création de l’Alliance des États du Sahel ont marqué la fin d’une séquence historique durant laquelle la France apparaissait comme le principal partenaire politique, économique et sécuritaire de ces États.
Aujourd’hui, la perspective d’un retour de l’hégémonie française semble difficilement envisageable dans sa forme passée. Les dirigeants de l’AES ont fait de la souveraineté nationale et de la diversification des partenariats internationaux des piliers de leur stratégie politique.
Cette orientation a favorisé l’arrivée ou le renforcement de nouveaux acteurs, notamment la Russie, la Turquie, la Chine, l’Iran ainsi que plusieurs pays du Golfe. Dans le domaine militaire, les autorités sahéliennes ont multiplié les accords de coopération alternatifs, réduisant considérablement la dépendance autrefois observée vis-à-vis de Paris.
Sur le plan économique, la France conserve néanmoins des atouts importants. Selon les données du commerce extérieur français, les échanges avec l’Afrique subsaharienne représentent plusieurs dizaines de milliards d’euros par an. Malgré les tensions politiques, de nombreuses entreprises françaises demeurent présentes dans les secteurs des télécommunications, de l’énergie, des infrastructures, des services financiers et de la distribution. Cette présence économique constitue un levier d’influence qui pourrait servir de base à une normalisation progressive des relations.
Cependant, les évolutions démographiques et sociopolitiques compliquent toute tentative de retour à l’ordre ancien. Plus de 60 % de la population des pays de l’AES a moins de 25 ans. Cette jeunesse, fortement connectée aux réseaux sociaux et exposée à une pluralité de récits géopolitiques, manifeste souvent une volonté de rupture avec les schémas hérités de la période postcoloniale.
Dans ce contexte, les instruments traditionnels de la diplomatie française peinent à produire les effets observés il y a encore une décennie.
Par ailleurs, les défis sécuritaires persistants pourraient paradoxalement créer de nouvelles opportunités de dialogue.
Malgré les changements d’alliances, les groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique demeurent actifs dans plusieurs zones frontalières. Les besoins en matière de renseignement, de formation, d’investissements et de développement pourraient à terme favoriser une reprise de la coopération avec différents partenaires occidentaux, dont la France.
La véritable question n’est donc peut-être plus celle d’un retour de l’hégémonie française, mais plutôt celle de la redéfinition de son rôle. Dans un Sahel devenu multipolaire, Paris ne semble plus en mesure d’exercer l’influence dominante qui caractérisait son action au cours des dernières décennies.
En revanche, la France conserve des ressources diplomatiques, économiques et culturelles susceptibles de lui permettre de demeurer un acteur important. L’avenir des relations franco-sahéliennes dépendra moins de la nostalgie d’une influence passée que de la capacité des deux parties à construire un partenariat fondé sur des intérêts mutuels et un rapport plus équilibré.










