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Ouganda : un avocat inculpé pour trahison, une affaire qui jette le doute sur l’indépendance judiciaire

photo d'illustration

L’inculpation de l’avocat ougandais Erias Lukwago, figure de l’opposition et défenseur de Kizza Besigye, marque une nouvelle escalade dans les tensions politiques en Ouganda. Cette affaire intervient dans un climat déjà tendu autour du traitement judiciaire réservé aux opposants au pouvoir. Elle relance également les interrogations sur l’influence croissante de l’armée dans les affaires politiques et judiciaires du pays.

Ancien maire de Kampala et président du parti d’opposition People’s Front for Freedom, Erias Lukwago a comparu mercredi devant un tribunal de première instance de Kampala. Il y a été inculpé pour non-dénonciation de trahison, une infraction liée à l’omission présumée de signaler des actes de trahison commis par des tiers. L’avocat rejette fermement les accusations.

Cette inculpation survient seulement quelques jours après son arrestation, intervenue dans des circonstances controversées. Selon plusieurs témoignages relayés par ses soutiens, des soldats auraient escaladé le mur de sa résidence avant de procéder à son interpellation. Une opération qui a suscité une vive réaction au sein du barreau ougandais. L’Uganda Law Society a dénoncé une arrestation jugée arbitraire et exigé sa libération immédiate, estimant qu’elle compromet le bon fonctionnement des procédures judiciaires.

L’affaire prend une dimension politique plus large en raison du rôle de Lukwago dans la défense de Kizza Besigye, l’un des opposants les plus emblématiques du pays. Ancien médecin personnel du président devenu adversaire politique, Besigye fait lui-même face à des poursuites pour trahison dans un dossier distinct que ses partisans considèrent comme politiquement motivé.

L’attention se porte également sur Muhoozi Kainerugaba, chef des forces armées ougandaises et fils du président Yoweri Museveni. Très actif sur les réseaux sociaux, Kainerugaba avait publiquement attaqué Lukwago sur X avant son arrestation, allant jusqu’à évoquer une longue peine de prison. Ces prises de position renforcent les préoccupations autour d’une possible instrumentalisation des institutions sécuritaires.

Avant son arrestation, Lukwago avait annoncé son intention de demander des comptes à Kainerugaba concernant des abus présumés dans la détention de Besigye. Parmi les accusations figurent des allégations selon lesquelles l’opposant aurait été enlevé à Nairobi en 2024 avant d’être transféré en Ouganda.

Au pouvoir depuis 1986, Yoweri Museveni dirige l’Ouganda depuis près de quatre décennies. Réélu récemment pour un septième mandat, il reste l’un des chefs d’État les plus anciens du continent. Son fils, Muhoozi Kainerugaba, apparaît désormais comme une figure centrale de l’appareil politique et militaire, souvent cité parmi les potentiels successeurs.

Cette nouvelle affaire judiciaire illustre la crispation du climat politique ougandais à l’approche des prochaines échéances électorales. Entre pression sur l’opposition, montée en puissance de l’appareil sécuritaire et débats sur la succession au sommet de l’État, l’Ouganda demeure confronté à des enjeux majeurs pour la consolidation de son État de droit.

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