
Un important sommet des chefs d’État-major africains s’est ouvert lundi à Abuja, capitale du Nigéria, en présence de hauts responsables militaires venus de tout le continent. Objectif : renforcer la coopération sécuritaire face aux multiples menaces transnationales, du terrorisme sahélien à la piraterie maritime en passant par la criminalité organisée. Mais l’absence remarquée du Mali et du Burkina Faso, deux pays directement confrontés aux foyers d’insécurité les plus brûlants du continent, a jeté une ombre sur la rencontre.
Le sommet d’Abuja a réuni, lundi 25 août, des délégations militaires de plusieurs États d’Afrique de l’Ouest, du Centre et même au-delà. À l’heure où les insurrections jihadistes continuent de déstabiliser le Sahel et que le Golfe de Guinée est sous la menace d’une intensification des activités criminelles maritimes, cette rencontre s’est voulu un espace de concertation et d’alignement stratégique. Tout au cours des travaux de ce sommet, les discussions ont porté sur le partage de renseignements, la planification d’opérations conjointes et la mise en place de mécanismes de réponse rapide aux crises sécuritaires.
Alors que le Mali et le Burkina Faso figurent parmi les pays les plus affectés et les plus touchés par les attaques terroristes, leur absence remarquée a surpris et interrogée. Les deux États sahéliens, engagés depuis 2023 aux côtés du Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), avaient l’occasion d’exposer leur vision sécuritaire et de défendre leurs intérêts dans un cadre régional élargi. Leur siège resté vide apparaît dès lors comme une aberration stratégique : comment prétendre mener le combat contre les groupes armés tout en manquant les rares espaces de concertation continentale qui peuvent apporter un soutien logistique, diplomatique et opérationnel ?
Cette absence est d’autant plus frappante que le sommet d’Abuja se veut inclusif et non politisé, centré avant tout sur les impératifs militaires communs. En se privant d’une telle tribune, le Mali et le Burkina s’isolent davantage sur la scène africaine au moment même où leurs armées auraient le plus besoin d’alliances et de partenariats techniques.

À l’inverse, le Niger a dépêché une représentation, en la personne du colonel Soumana Kalkoye, attaché de défense auprès de son ambassade à Abuja. Sa participation a été saluée par les organisateurs comme un signe de bonne volonté et de reconnaissance de l’importance d’un dialogue militaire africain au-delà des divergences politiques.
Certains observateurs estiment que la présence du colonel Kalkoye vaut peut-être pour l’ensemble de l’AES, traduisant une volonté implicite de ne pas couper totalement les ponts avec les autres États de la région. Ce qui est certain est que, ce geste illustre aussi une approche plus pragmatique du Niger, qui semble vouloir maintenir des passerelles là où ses partenaires maliens et burkinabè optent pour une stratégie de retrait.
L’absence du Mali et du Burkina Faso au sommet d’Abuja soulève donc une double interrogation : celle de leur volonté réelle de s’intégrer dans une architecture sécuritaire continentale et celle de l’avenir même de l’AES, dont la cohésion paraît fragilisée par ces choix divergents. À l’heure où le terrorisme sahélien ne connaît pas de frontières, l’isolement volontaire des deux Etats apparaît comme une posture risquée, susceptible d’affaiblir non seulement ces pays mais aussi la lutte collective.
Face à la montée en puissance des périls, l’histoire retiendra que le Niger, par une participation symbolique mais courageuse, aura choisi d’entretenir le fil tenu du dialogue sécuritaire africain. Reste à savoir si le Mali et le Burkina accepteront de revenir à cette table indispensable, ou s’ils persisteront dans une logique d’isolement qui pourrait se révéler coûteuse.












