
Le Nigeria maintient sa stratégie militaire face à Boko Haram et à l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Le 5 novembre 2026, les autorités militaires ont exclu tout accord de cessez-le-feu avec ces organisations armées, malgré la recrudescence des attaques contre les positions de l’armée dans le nord-est du pays. Cette décision intervient après près de dix-sept années d’insurrection, qui ont profondément affecté la sécurité des populations et la stabilité de plusieurs territoires. Elle relance la question de l’efficacité d’une réponse essentiellement militaire face à un conflit qui persiste.
Le refus de négocier annoncé par l’état-major nigérian traduit le maintien d’une orientation sécuritaire fondée sur la pression opérationnelle. Lors d’un point de presse organisé à Abuja, le général de division Samaila Uba, porte-parole des forces armées, a affirmé que les opérations se poursuivraient contre Boko Haram, ISWAP et les autres groupes armés. Il a notamment évoqué les combattants neutralisés, les personnes interpellées et les otages libérés pour justifier la poursuite de cette stratégie. Ces résultats constituent toutefois des éléments avancés par l’institution militaire et ne suffisent pas, à eux seuls, à mesurer l’évolution globale de la menace.
La déclaration intervient dans un contexte particulièrement sensible. Selon Reuters, les attaques contre les positions militaires dans le nord-est se sont multipliées au cours des dernières semaines. Le 30 octobre, l’armée nigériane avait notamment annoncé avoir repoussé des offensives dans les États de Borno et de Yobe, avec un bilan de 48 combattants tués, selon son propre décompte. Cette succession d’assauts souligne la persistance des capacités opérationnelles des groupes insurgés, malgré les campagnes militaires conduites depuis plusieurs années.
L’insurrection trouve ses origines dans la radicalisation de Boko Haram, dont le soulèvement armé de 2009 a marqué un tournant majeur. La scission intervenue en 2016 a renforcé la complexité du paysage sécuritaire avec l’émergence d’ISWAP comme organisation distincte. Les deux mouvements, bien qu’issus d’une histoire commune, disposent de structures et de stratégies propres. Leur présence complique les opérations de l’armée, qui doit faire face à des adversaires capables de mener des attaques coordonnées, de se déplacer entre plusieurs zones et de profiter des difficultés de contrôle territorial.
Au-delà des affrontements, les conséquences humanitaires constituent un indicateur essentiel de la profondeur de cette crise. D’après les Nations unies, les États de Borno, Adamawa et Yobe devraient compter 5,9 millions de personnes nécessitant une assistance humanitaire en 2026. Les besoins concernent notamment la sécurité alimentaire, la santé, la protection des populations déplacées et l’accès aux services essentiels. Ces difficultés montrent que la restauration de la sécurité ne peut être appréciée uniquement à partir du nombre d’opérations militaires ou de combattants neutralisés. Elle suppose également la possibilité pour les habitants de retrouver des conditions de vie stables et de reprendre leurs activités économiques.
Après dix-sept années de conflit, la poursuite des opérations militaires apparaît comme un choix assumé par les autorités nigérianes. Mais leur efficacité à long terme ne pourra être appréciée qu’à travers des résultats durables : diminution des attaques, sécurisation des territoires, retour des déplacés et rétablissement des services publics. La question n’est donc pas seulement de savoir si l’armée peut affaiblir les groupes insurgés, mais si cette pression pourra créer les conditions d’une stabilisation durable du nord-est nigérian.








