
L’organisation État islamique dans la province du Sahel (ISSP), à travers sa branche connue sous le nom de Lakurawa, a revendiqué deux attaques meurtrières contre l’armée nigériane dans les États de Sokoto et Kebbi, au nord-ouest du Nigeria. Selon le groupe jihadiste, ces opérations auraient causé la mort de 19 soldats nigérians et entraîné la destruction de trois véhicules militaires. Cette revendication marque une évolution sécuritaire majeure, l’ISSP annonçant officiellement pour la première fois, des opérations dans cette partie du territoire nigérian.
Ces attaques interviennent dans un contexte de dégradation persistante de la sécurité au Nigeria, où plusieurs groupes armés opèrent simultanément entre le nord-est, le nord-ouest et le centre du pays. Les États de Sokoto et Kebbi, frontaliers du Niger et proches du Sahel central, connaissent depuis plusieurs années une intensification des violences attribuées à des groupes criminels armés, mais aussi à des mouvements jihadistes cherchant à étendre leur influence régionale.
Dans sa communication, l’ISSP présente ces opérations comme le début d’une nouvelle phase d’expansion territoriale. Cette stratégie pourrait traduire une volonté du groupe de renforcer sa présence dans les zones rurales et frontalières du nord-ouest nigérian, en profitant des fragilités sécuritaires et des difficultés de coordination entre les forces nationales et régionales. Les analystes sécuritaires observent depuis plusieurs mois une circulation accrue de combattants et d’armes entre le Sahel et le nord du Nigeria, alimentée par l’instabilité persistante dans plusieurs pays voisins.
Le Nigeria demeure confronté à l’une des crises sécuritaires les plus complexes du continent africain. Selon les données du projet ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project), plusieurs milliers de personnes ont été tuées au cours des dernières années dans les violences liées aux groupes jihadistes, aux enlèvements criminels et aux affrontements communautaires.
Dans le nord-ouest, les attaques contre les forces de sécurité, les villages et les axes routiers se sont multipliées, poussant des milliers d’habitants à se déplacer vers des zones plus sécurisées.
L’armée nigériane poursuit depuis plusieurs années des opérations de contre-insurrection contre différents groupes armés, notamment Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP). Toutefois, l’apparition officielle de l’ISSP dans les États de Sokoto et Kebbi pourrait compliquer davantage la situation sécuritaire dans une région déjà fragilisée par les trafics transfrontaliers, la pauvreté rurale et l’insuffisance des infrastructures étatiques.
Cette revendication soulève également des inquiétudes au niveau régional. Le Sahel est devenu, ces dernières années, l’un des principaux foyers d’expansion des groupes affiliés à l’État islamique et à Al-Qaïda.
Une implantation durable de l’ISSP dans le nord-ouest du Nigeria pourrait accroître les risques de déstabilisation dans le golfe de Guinée et renforcer les connexions entre les différentes branches jihadistes opérant en Afrique de l’Ouest.
Face à cette évolution, les autorités nigérianes sont désormais confrontées à un double défi : contenir l’expansion des groupes extrémistes tout en rétablissant durablement l’autorité de l’État dans les zones périphériques et frontalières du pays.












