
Une fracture s’est récemment ouverte au sein de la Communion anglicane mondiale. L’Église anglicane du Nigeria a officiellement rompu ses relations avec l’Église du Pays de Galles, en réaction à la nomination d’une femme évêque ouvertement lesbienne à la tête d’un diocèse gallois. Cette décision marque un nouvel épisode dans les tensions doctrinales qui traversent la communauté anglicane internationale depuis plusieurs décennies.
Dans un communiqué diffusé par son synode général, l’Église nigériane a qualifié la nomination de « rupture grave avec l’enseignement biblique » et a déclaré qu’elle ne reconnaissait plus la communion ecclésiale avec l’Église galloise. « La consécration d’un évêque vivant ouvertement dans une relation homosexuelle constitue, pour nous, une déviation inacceptable des fondements scripturaires sur lesquels repose notre foi », a déclaré le primat de l’Église du Nigeria, l’archevêque Henry Chukwudum Ndukuba.
La décision du Pays de Galles, annoncée en juillet dernier, avait été saluée par plusieurs voix progressistes au sein de la Communion anglicane. L’évêque nouvellement nommée, dont le nom n’a pas été officiellement mentionné dans le communiqué nigérian, s’est dite « honorée de servir son Église tout en vivant pleinement son identité ». Elle a également souligné sa volonté de rassembler les fidèles autour des valeurs d’inclusion, d’amour et de justice.
L’Église du Pays de Galles, tout en exprimant son regret face à la rupture, a défendu sa décision comme une expression fidèle à son engagement envers l’égalité et la dignité de toutes les personnes, quelle que soit leur orientation sexuelle. « Nous demeurons enracinés dans la tradition chrétienne, mais croyons fermement que l’amour du Christ s’étend sans exclusion », a indiqué un porte-parole dans un entretien avec les médias locaux.
Ce n’est pas la première fois que de telles divisions émergent au sein de la Communion anglicane. Déjà en 2003, la nomination d’un évêque gay aux États-Unis avait suscité de vives critiques, notamment de la part des Églises africaines et asiatiques, plus conservatrices sur les questions de sexualité et de genre. Ces divergences théologiques ont depuis alimenté un mouvement croissant de réalignement ecclésial, certains diocèses africains et américains choisissant de se détacher des provinces qu’ils jugent trop libérales.
La réaction nigériane s’inscrit ainsi dans un contexte plus large de réaffirmation des valeurs doctrinales traditionnelles, porté notamment par le mouvement GAFCON (Global Anglican Future Conference), dont le Nigeria est l’un des piliers. Ce mouvement milite pour une reconfiguration de la Communion anglicane autour de principes qu’il considère comme fidèles à l’Évangile.
Pour l’heure, les conséquences pratiques de cette rupture restent limitées, mais le geste symbolique est fort. Il témoigne de la difficulté croissante à maintenir une unité ecclésiale face à des visions profondément divergentes sur des questions de société. La Communion anglicane, qui revendique plus de 85 millions de membres dans plus de 165 pays, se trouve une nouvelle fois confrontée à l’épreuve de sa cohésion.










