
En annonçant la relance du gazoduc transsaharien via le Niger, le président algérien Abdelmadjid Tebboune remet à l’agenda un projet longtemps gelé, aux implications géopolitiques et énergétiques considérables. Cette déclaration, faite à l’occasion de la visite officielle à Alger du président nigérien Abdourahamane Tchiani, intervient dans un contexte de recomposition stratégique du Sahel et de quête de nouvelles sécurités énergétiques, notamment pour l’Europe.
La relance du gazoduc transsaharien marque un tournant dans la diplomatie énergétique algérienne. Lors de la visite du président nigérien à Alger le 15 février dernier, le chef de l’État algérien, Abdelmadjid Tebboune, a confirmé la volonté de son pays de remettre sur les rails ce projet stratégique reliant les réserves gazières du Nigeria, via le Niger, aux infrastructures algériennes, avec une ouverture vers les marchés européens. En face, Abdourahamane Tchiani a salué une coopération appelée à renforcer la souveraineté économique de son pays.
Ce projet, conçu dès les années 2000, avait été freiné par des obstacles sécuritaires, financiers et politiques, notamment l’instabilité chronique du Sahel. Sa réactivation intervient dans un environnement profondément transformé : rupture entre plusieurs États sahéliens et leurs partenaires occidentaux traditionnels, montée en puissance de nouvelles alliances régionales, et repositionnement stratégique de pays comme l’Algérie, qui entend consolider son rôle de pivot énergétique africain.
Sur le plan opérationnel, la compagnie nationale Sonatrach est appelée à jouer un rôle central. Selon les annonces officielles, elle devrait prendre la direction opérationnelle du projet après le mois de Ramadan. Cette responsabilité confirme la place de Sonatrach comme bras armé de la diplomatie économique algérienne, forte de son expertise technique, de ses capacités d’investissement et de son réseau de partenaires internationaux. Pour Alger, il s’agit à la fois de sécuriser de nouvelles sources d’approvisionnement, de renforcer ses infrastructures de transit et d’accroître son influence sur les flux gaziers continentaux.
Les retombées économiques potentielles sont significatives. Pour le Niger, pays enclavé et fragilisé par les sanctions régionales, le gazoduc représente une opportunité de revenus de transit, de création d’emplois et de diversification économique. Pour l’Algérie, il s’agit de consolider sa position de fournisseur stratégique de gaz, notamment à destination de l’Europe, en quête de solutions alternatives dans un marché énergétique mondial sous tension.
Cependant, les défis sécuritaires demeurent majeurs. Le tracé du gazoduc traverse des zones exposées aux groupes armés et aux trafics transnationaux. La réussite du projet suppose une coopération sécuritaire renforcée, une stabilisation durable du Sahel central et l’implication coordonnée des États concernés. Cette dimension sécuritaire confère au projet une portée géopolitique qui dépasse largement le seul enjeu énergétique.
À l’échelle internationale, la relance du gazoduc transsaharien est scrutée avec attention. Elle intéresse les marchés européens en quête de diversification, tout en s’inscrivant dans une dynamique africaine de reprise en main des ressources stratégiques.
À terme, ce projet pourrait symboliser une avancée concrète vers une plus grande souveraineté énergétique du continent africain, à condition que stabilité politique, gouvernance et coopération régionale soient au rendez-vous.









