
Une nouvelle vidéo tournée dans la région de Bourem, au nord du Mali, circule largement sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Elle met en scène Aliou Mahamar Touré, ancien chef de la police islamique (Hisbah) de Gao lorsque la ville était sous le contrôle du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) en 2012. Cette apparition publique rare d’une figure emblématique du jihadisme sahélien ravive les préoccupations sécuritaires dans une zone marquée par une recrudescence des violences.
Aliou Mahamar Touré, chassé de Gao lors de la première intervention militaire française au Mali, avait été arrêté en 2013 avant d’être libéré en 2019 dans le cadre d’un échange d’otages impliquant plusieurs prisonniers liés aux groupes jihadistes. Bien que son état de santé soit décrit comme fragile, l’empêchant de participer directement aux combats, des sources indiquent qu’il demeure un acteur influent au sein du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), coalition affiliée à Al-Qaïda. Dans la séquence vidéo diffusée, il affirme désormais être membre de la Katiba Askia Mohamed, active dans la région de Gao et loyale à la direction du JNIM.
La vidéo, enregistrée en plein air, montre Touré s’exprimant en arabe sur la notion de fraternité entre musulmans, citant notamment les communautés du Massina, du Burkina Faso et du Niger. Il accuse le « colonialisme français » d’être responsable des divisions internes qui, selon lui, affaibliraient les populations de la région. Ces propos s’inscrivent dans une rhétorique régulièrement employée par les groupes jihadistes sahéliens, qui cherchent à capitaliser sur les ressentiments historiques et les fractures communautaires pour renforcer leur influence.
L’un des moments les plus marquants de la vidéo est la séquence où l’ancien chef de la Hisbah brûle un drapeau malien, qu’il présente comme un symbole « apporté par la France ». Ce geste, hautement symbolique, vise à délégitimer l’État malien et à renforcer l’idée que les frontières et les institutions actuelles seraient héritées de la période coloniale. Touré y lance ensuite une menace explicite en affirmant que le « drapeau du monothéisme » flottera un jour sur le palais présidentiel de Koulouba, à Bamako.
La diffusion de cette vidéo intervient dans un contexte où plusieurs localités du nord du Mali connaissent une intensification des activités jihadistes. Les autorités maliennes n’ont pas encore réagi officiellement, mais cette séquence contribue à alimenter les inquiétudes quant à la capacité des groupes armés à maintenir une influence durable dans la région.










