
Le président de la transition malienne, le colonel Assimi Goïta, a franchi une nouvelle étape dans le renforcement du contrôle de l’État sur le secteur minier, pilier de l’économie nationale. Par un décret en date du 19 janvier, il a créé un nouveau poste ministériel chargé de superviser l’industrie extractive, jusque-là placée sous l’autorité du ministère des Mines. Cette réforme institutionnelle confère à la présidence une influence directe sur la gestion de l’or, principale richesse minérale du pays.
Selon les textes juridiques encadrant cette nouvelle fonction, le ministre en charge du secteur minier aura pour missions de superviser la mise en œuvre de la politique minière, de veiller au respect du code minier et d’examiner les rapports soumis par les détenteurs de titres miniers. Ces prérogatives, auparavant exercées par le ministère des Mines, traduisent une recentralisation des leviers décisionnels autour de l’exécutif.
Pour occuper ce poste stratégique, la présidence a nommé Hilaire Bebian Diarra, un spécialiste des sciences de la Terre, ancien cadre supérieur de la compagnie minière canadienne Barrick Mining. M. Diarra avait quitté l’entreprise en 2024 pour rejoindre le gouvernement malien, alors qu’il conduisait encore des négociations pour Barrick concernant le contrôle du complexe aurifère de Loulo-Gounkoto, l’une des principales mines industrielles du pays.
De nationalité malienne, Hilaire Bebian Diarra avait également été désigné conseiller spécial de la présidence au plus fort du différend opposant l’État malien à Barrick. Ce conflit portait notamment sur les revendications du gouvernement en faveur d’une augmentation de la fiscalité minière et d’une participation accrue de l’État dans les projets aurifères.
La création de ce nouveau portefeuille ministériel et la nomination d’un ancien de Barrick ont été interprétées par plusieurs observateurs comme un signal fort adressé aux acteurs étrangers du secteur extractif. Pour certains analystes, il s’agit d’un coup stratégique visant à renforcer la capacité de l’État à imposer ses priorités économiques, dans un contexte de révision du cadre réglementaire et contractuel de l’industrie minière.
Les autorités de transition, qui ont engagé une série de réformes pour accroître la souveraineté économique du pays, estiment que le secteur aurifère doit contribuer davantage au financement du développement national. Le Mali figure parmi les premiers producteurs d’or d’Afrique, et les recettes minières représentent une part substantielle des ressources budgétaires de l’État.
Toutefois, cette recentralisation suscite aussi des interrogations quant à l’équilibre institutionnel et à l’attractivité du climat des affaires. Les investisseurs étrangers, déjà confrontés à un environnement politique et sécuritaire incertain, pourraient redouter une montée en puissance de l’intervention étatique dans la gouvernance des projets miniers.
À court terme, l’évolution du rôle confié au nouveau ministre et la manière dont seront appliquées les nouvelles orientations politiques permettront de mesurer l’impact réel de cette réforme sur le secteur minier malien et sur ses relations avec les grands groupes internationaux.










