
La Conférence internationale des barreaux (CIB), organisation regroupant les ordres d’avocats de 42 pays, a officiellement interpellé les autorités de transition maliennes afin d’obtenir des clarifications sur l’enlèvement de Maître Mountaga Tall, avocat et homme politique malien, disparu depuis près d’un mois à Bamako. Aussi, l’organisation demande le respect des garanties judiciaires fondamentales et une présentation rapide des personnes détenues devant une autorité compétente.
Selon plusieurs témoignages relayés par des organisations professionnelles et des médias internationaux dont RFI, Maître Mountaga Tall aurait été enlevé dans la capitale malienne par des hommes armés et encagoulés avant d’être placé dans un lieu de détention relevant des services de sécurité d’État.
Aucune procédure judiciaire officiellement connue n’aurait, à ce jour, été engagée contre lui. Son fils ainsi que d’autres personnalités présentées comme proches des mouvements de défense de l’homme auraient également été interpellés dans des circonstances similaires.

Cette affaire intervient dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement tendu au Mali depuis les changements institutionnels intervenus à la suite des coups d’État de 2020 et 2021. Depuis plusieurs mois, des organisations de défense des droits de l’homme signalent une multiplication des arrestations controversées, des restrictions des libertés publiques et des inquiétudes relatives à l’indépendance de la justice. Les autorités de transition affirment pour leur part, agir dans le cadre de la préservation de la sécurité nationale et de la stabilité de l’État.
La Conférence internationale des barreaux a néanmoins estimé que la situation entourant Mountaga Tall soulève de sérieuses interrogations sur le respect des principes élémentaires de l’État de droit. Son secrétaire général adjoint, Maître Xavier-Jean Keïta, a dénoncé publiquement une disparition opérée en dehors des procédures légales. Selon lui, il est inadmissible qu’un avocat soit privé de liberté sans information officielle sur les accusations retenues contre lui, sans accès à sa famille ni possibilité de consulter librement un conseil juridique.
L’organisation rappelle également que les avocats bénéficient, dans la plupart des systèmes judiciaires modernes, de garanties spécifiques destinées à préserver l’exercice indépendant de leur profession. À ce jour, selon la CIB, ni le bâtonnier ni les représentants du barreau malien n’auraient pu entrer en contact avec Maître Tall. Une situation jugée préoccupante par plusieurs observateurs du secteur judiciaire africain.
Dans son appel adressé aux autorités maliennes, la Conférence internationale des barreaux demande soit la libération immédiate de Mountaga Tall et des autres personnes détenues, soit leur présentation devant une juridiction compétente conformément aux normes judiciaires internationales. L’organisation réclame également un accès aux soins, à la famille et aux avocats choisis par les intéressés.
Au-delà du cas individuel de Mountaga Tall, cette affaire relance le débat sur l’équilibre entre impératifs sécuritaires et protection des libertés fondamentales dans les États sahéliens confrontés à des crises politiques et sécuritaires persistantes.
Pour plusieurs analystes, la manière dont les autorités maliennes géreront ce dossier pourrait influencer durablement l’image institutionnelle du pays auprès des partenaires régionaux et internationaux.












