
Après plus d’une décennie de fragmentation institutionnelle, la Libye franchit une étape majeure avec l’adoption de son premier budget national unifié. Saluée par le conseiller principal américain Massad Boulos, cette avancée traduit un compromis inédit entre les autorités rivales de l’est et de l’ouest libyen. Elle intervient dans un contexte de pressions économiques persistantes et de vulnérabilité monétaire. Pour les observateurs, ce geste pourrait amorcer une normalisation progressive de la gouvernance financière du pays.
Depuis la scission politique de 2014, consécutive aux tensions entre institutions concurrentes basées notamment à Tripoli et Benghazi, la Libye fonctionnait jusqu’ici, avec des budgets parallèles, alimentant déséquilibres macroéconomiques et opacité dans la gestion des ressources publiques. Dans ce contexte, l’adoption d’un budget unifié constitue une rupture significative.
Selon les déclarations de Massad Boulos, cette percée est le fruit de plusieurs mois de médiation diplomatique menée par les États-Unis, visant à rapprocher les positions des deux blocs rivaux. Le compromis budgétaire obtenu devrait permettre de mieux coordonner les dépenses publiques, notamment dans les secteurs stratégiques tels que l’énergie, les infrastructures et la fonction publique, qui absorbe une part importante des finances nationales.
Sur le plan macroéconomique, les enjeux sont considérables. La Libye, membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), dépend à plus de 90 % de ses revenus des exportations d’hydrocarbures. Or, les interruptions récurrentes de la production et des exportations, liées aux tensions politiques et sécuritaires, ont fortement affecté les recettes de l’État. La production pétrolière, qui oscillait autour de 1,2 à 1,3 million de barils par jour ces dernières années, reste volatile.
Dans ce contexte, l’unification budgétaire pourrait renforcer la crédibilité de la politique économique libyenne, en facilitant une meilleure gestion des flux financiers et en limitant les pratiques de dépenses extrabudgétaires. Elle constitue également un levier pour stabiliser le dinar libyen, soumis à des pressions inflationnistes et à une dualité des taux de change.
Par ailleurs, cette avancée pourrait contribuer à consolider le rôle de la Banque centrale libyenne, elle-même divisée pendant plusieurs années avant un processus de réunification amorcé récemment. Une gouvernance budgétaire cohérente est en effet essentielle pour restaurer la confiance dans le système bancaire, fluidifier les paiements publics et améliorer l’accès au crédit.
Cependant, les défis restent nombreux. L’absence d’un cadre politique pleinement unifié, les rivalités persistantes entre factions armées et les incertitudes autour du processus électoral continuent de peser sur la soutenabilité de cette dynamique. Les experts soulignent que la mise en œuvre effective du budget sera un test déterminant, notamment en matière de transparence et de discipline fiscale.
L’adoption d’un budget national unifié en Libye représente une avancée symbolique et stratégique dans un pays marqué par plus de dix ans de divisions. Si elle ouvre la voie à une meilleure stabilité financière et institutionnelle, sa portée dépendra de la capacité des acteurs libyens à maintenir le compromis politique et à traduire cet accord en réformes concrètes. Pour l’heure, il s’agit d’un signal encourageant, mais encore fragile, sur le chemin de la reconstruction économique.










