
Après plusieurs années de reports et de débats, les États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’accordent pour lancer leur monnaie unique, l’Eco, dès 2027. Une étape décisive pour l’intégration régionale.
C’est désormais une échéance claire que les dirigeants ouest-africains ont fixée. Lors de la récente session du Conseil de convergence macroéconomique tenue à Abuja, capitale du Nigeria, les ministres de l’Économie et les gouverneurs des banques centrales des 15 pays de la CEDEAO ont réaffirmé leur volonté de lancer l’Eco, la future monnaie commune, en 2027.
Annoncé pour la première fois en 2003, le projet de monnaie unique avait été maintes fois repoussé, en raison d’obstacles économiques, politiques et institutionnels. Mais cette fois, les États membres semblent déterminés à concrétiser cette ambition régionale.
Depuis 2020, les critères de convergence définis par la CEDEAO, notamment la maîtrise du déficit budgétaire, la stabilité des prix et le niveau de réserves de change, sont devenus la priorité de plusieurs gouvernements. Si peu de pays remplissent encore l’ensemble des critères, des progrès notables ont été constatés selon les derniers rapports du Comité de suivi de la convergence macroéconomique.
« Nous savons que la réussite de l’Eco dépendra avant tout de notre discipline économique collective », a souligné Essowè Georges Barcola, ministre togolais de l’Économie et des finances et président du Conseil en exercice. « Nous avons trois ans pour renforcer nos institutions, harmoniser nos politiques et gagner la confiance des citoyens ».
Si l’annonce du lancement en 2027 suscite un regain d’intérêt, elle ne fait pas l’unanimité. Certains experts s’interrogent sur la faisabilité du projet à court terme, alors que les économies de la sous-région restent exposées à des chocs extérieurs, à l’instabilité politique et aux effets persistants de la crise post-COVID.
Par ailleurs, le rôle de la France dans la gestion du franc CFA, toujours utilisé par huit pays de la zone UEMOA, continue d’alimenter les débats sur l’indépendance monétaire réelle que garantirait l’Eco. Le passage d’une monnaie arrimée à l’euro vers une monnaie régionale indépendante pose aussi des défis techniques majeurs, notamment en matière de gouvernance monétaire, de taux de change et de politique budgétaire commune.
Pour la CEDEAO, le lancement de l’Eco représente plus qu’un simple changement de devise. Il s’agit d’un levier stratégique pour stimuler les échanges intra-régionaux, renforcer la mobilité des capitaux et faciliter l’intégration économique des 400 millions d’habitants de la région.
La Banque centrale de la CEDEAO, encore en phase de conception institutionnelle, devrait jouer un rôle central dans ce dispositif. Son siège est pressenti pour être établi à Accra, au Ghana, bien qu’aucune décision finale n’ait encore été prise.
« L’Eco n’est pas une fin en soi, mais un outil au service de notre union régionale », a rappelé le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray. « Il nous reste un chemin exigeant à parcourir, mais la volonté politique est là ».
À moins de deux ans de l’échéance, les regards se tournent vers les chefs d’État de la région. Leur capacité à maintenir le cap et à faire preuve de solidarité conditionnera le succès du projet. Le rendez-vous est désormais pris pour 2027. Reste à voir si cette fois-ci sera la bonne.










