
Le président français Emmanuel Macron a entamé dimanche une visite au Kenya à l’occasion du sommet « Africa Forward », présenté par Paris comme l’incarnation d’une « relation refondée » entre la France et le continent africain. Organisé pour la première fois dans un pays anglophone, ce rendez-vous diplomatique et économique traduit la volonté de la France de redéfinir sa présence en Afrique dans un contexte de recul de son influence dans plusieurs États francophones d’Afrique de l’Ouest.
À Nairobi, Emmanuel Macron a été reçu par le président kényan William Ruto pour une série d’échanges centrés sur les investissements, les infrastructures, la transition énergétique et la réforme de l’architecture financière internationale. Des accords entre entreprises françaises et kényanes devaient également être signés en marge du sommet.
Le choix du Kenya n’est pas anodin. Longtemps concentrée sur son ancien « pré carré » francophone, la diplomatie française cherche désormais à renforcer ses partenariats avec des puissances africaines anglophones jugées stratégiques. Selon l’Élysée, ce sommet doit illustrer une coopération fondée sur « l’innovation et la croissance » plutôt que sur les logiques sécuritaires et militaires qui ont longtemps structuré les relations franco-africaines.
Cette réorientation intervient dans un contexte difficile pour Paris. Depuis 2020, les coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont accéléré le départ des forces françaises du Sahel et fragilisé l’influence politique française dans plusieurs anciennes colonies. Le Sénégal a également demandé la fermeture des dernières bases militaires françaises permanentes sur son territoire.
Face à cette recomposition géopolitique, la France tente désormais de repositionner son offre africaine autour du commerce, de l’investissement privé et des partenariats technologiques. D’après des données relayées par Reuters, les importations françaises en provenance d’Afrique ont augmenté d’environ 25 % entre 2021 et 2024. Le Kenya accueille aujourd’hui près de 140 entreprises françaises, contre une trentaine seulement il y a quinze ans.
Le sommet « Africa Forward » rassemble plus de 1 500 dirigeants économiques, une trentaine de chefs d’État et plusieurs institutions financières internationales autour de sept thématiques majeures, dont l’intelligence artificielle, l’énergie, l’agriculture et la santé. Parmi les personnalités annoncées figurent plusieurs grands patrons français, notamment dans les secteurs du transport maritime, de l’énergie et de l’hôtellerie.
Pour Emmanuel Macron, cette séquence africaine représente aussi un enjeu politique personnel. Arrivé au pouvoir en 2017 avec la promesse de tourner la page de la « Françafrique », le président français cherche à démontrer que la France peut encore jouer un rôle influent sur le continent sans s’appuyer exclusivement sur les anciens réseaux hérités de la période postcoloniale.
Reste à savoir si cette stratégie de diversification géographique et économique suffira à restaurer durablement l’image et la présence françaises en Afrique. À Nairobi, Paris espère en tout cas, ouvrir un nouveau chapitre diplomatique avec un continent devenu plus concurrentiel, plus exigeant et davantage tourné vers des partenariats multiples.










